Le Turkménistan Capitale:
Achgaba Nom
officiel: Turkménistan Population:
5 113 040
habitants (est. 2014) (rang
dans le monde: 118) Superficie:488
100 km. car. Système politique:
république; régime présidentiel
autoritaire avec peu de pouvoirs en dehors de l'exécutif Capitale:
Achgabat Monnaie:
manat PIB (per
capita):8 900$ US (est.
2013)
Langues:turkmène
72%, russe 12%, ouzbek 9%, autres 7% Religions:
musulmans
89%, orthodoxes orientaux 9%, inconnu 2%
GÉOGRAPHIE
Troupeau d'ovins caracul
Le Turkménistan s'étend entre la Caspienne et l'Amou-Daria, au pied
de la chaîne du Kopet-Dag. Près de 90 % du territoire appartiennent aux
déserts et semi-déserts de la dépression aralo-caspienne (Karakoum ou
« sables noirs »).
Peuplé à près de 75 % de Turkmènes de souche
(minorités de Russes et d'Ouzbeks), il juxtapose élevage ovin et
cultures irriguées (coton principalement). Le pétrole et le gaz naturel
(réserves importantes) sont en majeure partie exportés.
En dépit de ses nombreuses richesses énergétiques, le
Turkménistan, qui était l'une des républiques les plus pauvres de
l'ex-U.R.S.S., connaît une transition difficile. Sa population,
relativement homogène (les trois quarts des habitants étaient d'ethnie
turkmène en 1995), a une espérance de vie relativement basse (67 ans) et
une mortalité infantile élevée. Elle se concentre le long du grand axe
de circulation S.-E./N.-O. (chemin de fer transcaspien) et sur les rives
du fleuve Amou-Daria. L'agriculture, qui employait plus de 40 % de la
population active en 1995, a connu un grand essor, grâce à la
construction du canal du désert de Karakoum en 1954, l'un des plus longs
du monde (815 km), depuis l'Amou-Daria, au sud-est, jusqu'à Kizyl-Arvat
(le projet de jonction jusqu'à la mer Caspienne ayant été abandonné).
Celui-ci permet au pays de figurer parmi les dix premiers producteurs
mondiaux de coton, irriguant de nombreuses oasis (Mary, Tedjen), qui
produisent également des fruits, des légumes et des céréales. La voie
d'eau longe l'échine du Kopet-Dag, qui fait culminer le Turkménistan à
2 942 m d'altitude, à proximité de la capitale, Achgabat. Celle-ci fut
créée par les Russes. Outre la production agricole, elle possède
quelques industries, principalement dans les secteurs de l'équipement,
de l'agroalimentaire, du textile et du cuir. L'autre grande région
agricole suit le cours de l'Amou-Daria, le long de la frontière avec
l'Ouzbékistan. Tchardjoou, deuxième ville du pays, est un nœud de
communication et d'échanges, mais aussi un centre agricole et
d'industries légères. Au nord, la région irriguée de Tachaouz, qui
permet la production de coton, de riz, de fruits et de légumes, ainsi
que l'élevage de moutons, est davantage tournée vers le voisin ouzbek
que vers les lointaines oasis méridionales.
Les réserves énergétiques du Turkménistan en
ont longtemps fait un grand producteur de pétrole et, surtout, de gaz
naturel. Cependant, le manque de débouchés, les clients insolvables et
le passage de l'oléoduc par la Russie gênent considérablement ses
potentialités de développement. Le pétrole, extrait dans l'ouest du pays
(Nebit-Dag, Tcheleken), est valorisé dans le port de Turkmenbachy
(ancienne Krasnovodsk), sur la mer Caspienne. Le pays possède les
quatrièmes réserves de gaz du monde. Les gisements se regroupent dans le
« delta » du Mourgab (Baïram-Ali, Chatlyk).
Mosquée d'Ertogrul Gazy, Achgabat
La population turkmène, autrefois nomade, mais
toujours fortement tribalisée, est musulmane. Toutefois, les pratiques
chamanistes, associées au soufisme, la rendent peu perméable aux
fondamentalismes voisins (iranien et afghan). Comme toutes les
populations des « Républiques musulmanes » de l'ex-U.R.S.S., celle-ci
connaît une forte croissance démographique, de l'ordre de 1,9 % par an,
ce qui explique sa jeunesse (29 % des habitants sont âgés de moins de
15 ans). La langue turkmène est très vivace. Les minorités russe (7 %)
et ouzbek (9 %) n'entravent donc pas l'unité du pays ; cependant, la
population urbaine (45 %) est beaucoup plus « slavisée ».
HISTOIRE
1. La période précoloniale
Mary, le mausolée du sultan Sandjar
Dès le iiie siècle avant notre ère, le territoire de l'actuel Turkménistan abrite Nisa, la capitale du royaume des Parthes arsacides. À partir du ve s.siècle, des tribus nomades turcophones originaires de haute Asie s'installent dans la région. Mais il faudra attendre le xie siècle pour que les Seldjoukides,
dynastie turkmène issue des tribus oghouz, prennent le contrôle de
cette région méridionale de l'Asie centrale. Les steppes turkmènes sont
ensuite intégrées au khanat mongol de Gengis Khan puis de son fils Djaghataï (xiiie-xive siècles), au grand émirat de Tamerlan (xive-xve siècles), puis au khanat de Khiva (xvie-xixe siècles).
2. La période coloniale et soviétique
La colonisation russe progresse rapidement dans les steppes
turkmènes avec l'imposition d'un protectorat au khanat de Khiva (1873).
Mais l'armée tsariste se heurte à une résistance acharnée des tribus
turkmènes, qui seront les derniers sujets intégrés à l'empire.
L'instauration du régime soviétique à la suite de la révolution russe de 1917 rencontre à nouveau l'opposition des Turkmènes,
dont une partie préfère rejoindre l'Afghanistan ou l'Iran plutôt que de
se soumettre à la politique de sédentarisation et de collectivisation
des terres et du cheptel. Dans la nouvelle classification des peuples,
les Turkmènes sont promus au rang de nationalité constitutive de l'URSS et reçoivent en 1924 un territoire national, la République socialiste soviétique (RSS) du Turkménistan, avec Achkhabad
pour capitale. Islamisés tardivement, les Turkmènes garderont leur
structure tribale malgré les bouleversements sociaux imposés par le
régime communiste. Dans les steppes désertiques du Turkménistan, la
période soviétique est surtout caractérisée par l'intensification de
l'agriculture irriguée. La construction du canal du désert de Karakoum,
lancée en 1954, permet de dévier près de 20 % du débit de l'Amou-Daria
et d'irriguer des cultures de coton. L'exploitation des hydrocarbures
reste à cette époque limitée. La période de la perestroïka
permet la fondation, en 1989, d'un mouvement politique démocratique
mené par des intellectuels locaux, Agzybirlik (« Unité »). Mais
Saparmourad Ataïevitch Niazov, nommé en 1985 premier secrétaire du parti
communiste turkmène, l'interdit dès février 1990, et se fait élire
président en août de la même année.
3. Le Turkménistan indépendant
L'Asie centrale, 1992
Le Turkménistan accède à l'indépendance en octobre 1991 et adopte
une nouvelle Constitution en mai 1992. Les élections présidentielles de
juin reconduisent S. Niazov, candidat unique, avec 99,5 % des voix.
3.1. Un régime autocratique très opaque
Le dirigeant instaure dès lors un régime despotique marqué par le
culte de sa personnalité. Niazov s'autoproclame Turkmenbachi (« Père des
Turkmènes ») et président à vie en 1999. Il publie le Ruhnama
(« Livre de l'âme ») dont la connaissance est exigée pour l'entrée à
l'université, l'accès au fonctionnariat et dont le contenu est diffusé
dans les mosquées en parallèle au Coran. En novembre 2002, une
mystérieuse tentative d'attentat permet au président de mener une vague
de répression et d'asseoir plus encore son régime totalitaire, où
prospèrent clientélisme et corruption.
Le décès inattendu du président à vie en décembre
2006 ouvre l'espoir d'un changement politique. Son remplacement par le
vice-Premier ministre Gourbangouly Berdymoukhammedov, élu président le
11 février 2007 avec 89 % des voix, semble promettre quelques avancées
(réforme de la Constitution pour introduire le multipartisme,
suppression du Ruhnama) qui restent loin toutefois des standards
démocratiques, l’absence de séparation des pouvoirs n’étant pas remise
en cause. Les promesses du président, réélu en février 2012 avec plus de
97 % des suffrages, sont largement oubliées. Aucun des candidats aux
premières élections législatives « pluralistes » de décembre 2013,
avalisées par la CEI et observées pour la première fois par l’OSCE, ne
se démarque des positions officielles, tandis que le parti présidentiel
remporte 47 des 125 sièges de l’Assemblée. L'élection de 14 députés
parti des industriels et entrepreneurs – dont la création a été
encouragée par le chef de l’État et qui est réputé proche du pouvoir –
et de représentants de la « société civile » – dont 33 sièges pour les
syndicats et 16 pour l’Union des femmes, donnent à cette ouverture un
caractère très formel voire de pure mascarade.
3.2. Une politique extérieure fondée sur la neutralité…
En termes de politique étrangère, le Turkménistan a très tôt fait le
choix de la neutralité permanente (adoptée par les Nations unies en
décembre 1995). Après avoir signé le traité instituant la Communauté des États indépendants (CEI)
en 1991, il décide ne n’être plus que membre associé en 2005. Il ne
rompt toutefois pas avec cette organisation mais privilégie les
relations bilatérales et ne participe à aucune initiative régionale
d’intégration renforcée telles que l’Organisation de coopération de
Shanghaï (OCS, 2001), la Communauté eurasiatique (Eurasec ou CEEA,
2001), l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC, 2003), ou
encore la zone de libre-échange de la CEI (2011).
3.3. … et dictée par les intérêts gaziers
Cette politique est largement dictée par les intérêts économiques du
pays, nouvel acteur dans la « guerre des pipelines ». Recelant les
quatrièmes réserves mondiales de gaz naturel, le Turkménistan accélère
les prospections et rejoint le peloton des dix principaux exportateurs
mondiaux de gaz. Son développement reste cependant compromis par
l'insuffisance des investissements et l'enclavement du pays entre un
Iran alors banni de la communauté internationale et une Russie ayant le
monopole des routes d'évacuation des hydrocarbures.
Le Turkménistan cherche ainsi, non sans certaines
tensions, à se dégager de l’emprise de la Russie qui reste cependant un
partenaire incontournable, en diversifiant ses relations commerciales et
les voies d’acheminement de son gaz.
Il resserre ses liens avec la Turquie, l’Iran et
surtout la Chine, avec laquelle les échanges deviennent prépondérants.
Plusieurs accords sont ainsi signés à partir de 2006 : de la
construction d’un premier pipeline de 7 000 km (inauguré en 2010) au
financement chinois du gisement de gaz naturel Galkynych, le deuxième au
monde, décidé en septembre 2013. En direction de l’Asie du Sud, le
projet de gazoduc TAPI (reliant sur 1 7000 kilomètres les champs gaziers
du Turkménistan à l’Inde, via l’Afghanistan et le Pakistan) voit le
aussi le jour en décembre.
Courtisé par les pays occidentaux, il négocie enfin
pour assurer l’acheminement de son gaz vers l’Union européenne via la
Turquie. Mais le différend sur le statut juridique de la mer Caspienne
et l’absence d’accord entre tous les États riverains, une condition
exigée notamment par la Russie et l’Iran, sont à l'origine du blocage du
projet de gazoduc transcaspien entre le Turkménistan et l’Azerbaïdjan
dont les intérêts concurrentiels et les litiges sur la délimitation de
leurs zones d’extraction respectives restent en outre pendants. Souhaité
par l’Europe qui voudrait toujours assurer la sécurité de son
approvisionnement par le corridor gazier sud-européen, le projet est
relancé fin 2013 mais reste en suspens.
La Tunisie Capitale:
Tunis Nom officiel: République
tunisienne Population:
10 937 521
habitants (est. 2014) (rang
dans le monde: 79) Superficie:163
610 km. car. Système politique:
république Capitale:
Tunis Monnaie:
dinar tunisien PIB
(per capita): 9 900$ US (est. 2013)
Langues: arabe
(langue officielle et une des langues des affaires),
français (langue des affaires), berbère Religions:
musulmans
99%, autres 1%
PRÉSENTATION GÉNÉRALE DE LA TUNISIE
Nabeul, Tunisie
À la partie septentrionale, assez bien arrosée, essentiellement
montagneuse, ouverte par la vallée de la Medjerda, s'opposent le Centre
et le Sud, formés de plateaux et de plaines steppiques et désertiques.
La plus grande pluviosité explique la concentration des cultures
(céréales, vigne, olivier) et de l'élevage bovin dans le Nord et sur le
littoral, qui regroupent la majeure partie d'une population arabe et
islamisée. À part Kairouan, les principales villes sont des ports (Tunis, Sfax, Sousse, Bizerte, Gabès).
Le Sud est le domaine de l'élevage nomade des ovins, en dehors des
oasis, qui fournissent des dattes. La pêche et l'industrie (excepté
l'extraction des phosphates et du pétrole, et le textile) jouent un rôle
secondaire.
Le tourisme balnéaire – gravement affecté par les troubles liés à
la révolution démocratique de 2011, puis par les excès des islamistes
les plus radicaux – et les envois des émigrés ne comblent pas le déficit
commercial. Le chômage, déjà important, s'est accru avec la crise
économique résultant de l'effervescence politique récente et avec le
retour au pays de nombreux travailleurs employés en Libye.
Trinité-et-Tobago Capitale:
Port-of-Spain Nom
officiel: République de
Trinité-et-Tobago Population:
1
223 916 habitants
(est. 2014) (rang
dans le monde: 158) Superficie:5 128 km.
car. Système politique:
démocratie parlementaire Capitale:
Port-of-Spain Monnaie:
dollar de Trinidad et Tobago PIB
(per
capita): 20 300$ US
(est.
2013) Langues: anglais
(langue
officielle), diverses langues créoles, hindoustani
caribéen, français, espagnol, chinois Religions:
protestants 32,1%, catholiques romains 21,6%, hindous 18,2%, musulmans 5%, autres 8,4%,
non spécifié 11,1%, aucune 2,2% (est. 2011)
GÉOGRAPHIE
1. Le milieu naturel
L'État est composé de deux îles : la Trinité (4 827 km2, 96 % de la population totale et une proportion encore plus élevée de la richesse nationale) et Tobago, située à 35 km au nord-est de sa grande voisine avec des ressources très limitées, mais un potentiel touristique bien exploité.
Au plan géologique, la Trinité n'est que le
prolongement du Venezuela proche ; elle émerge de son vaste plateau
continental et n'en est séparée que par des bras de mer peu profonds
(golfe de Paria et bouches du Serpent). Sauf au nord, où elle est
constituée par une chaîne montagneuse (Northern Range) schisteuse et
accidentée, quoique peu élevée (900 m d'altitude moyenne), elle a un
relief de plaines alluviales, de bassins sédimentaires et de collines
gréseuses et calcaires disposés en bandes orientées de l'ouest à l'est
et alternées du nord au sud. Elle dispose de bons sols agricoles et
surtout de gisements d'hydrocarbures dans les terrains tertiaires du sud
et sur le plateau continental. Tobago, formé d'un complexe de roches
intrusives et métamorphiques tertiaires, a un relief de hautes collines
culminant à 572 m, à l'exception du sud-ouest, où s'étend une petite
plaine sur des calcaires coralliens soulevés. Les deux îles ont un
climat tropical pluvieux (souvent plus de 1,50 m d'eau par an) ; la
saison sèche, de janvier à mai, n'y est marquée qu'à l'ouest ; les
cyclones y sont rares. Il reste de vastes étendues de la forêt dense qui
les recouvrait autrefois.
2. La complexité ethnique
Port of SpainSteel band de Trinidad
Il ne reste, aujourd'hui, aucun élément de l'ancienne population
amérindienne. Les Arawaks de l'île de la Trinité et les Caribs de l'île
de Tobago ont été décimés par la colonisation européenne. De la période
coloniale, le pays a hérité une population pluriethnique. Ainsi, 40 %
des habitants sont des descendants d'esclaves africains. Après
l'abolition de l'esclavage en 1834, le pouvoir colonial britannique a eu
massivement recours à une main-d'œuvre sous contrat d'origine
asiatique. Les Indiens arrivèrent alors par milliers jusqu'en 1917 et
représentent, aujourd'hui, 41 % de la population totale. Les autres
Trinidadiens sont d'origine chinoise, européenne et sud-américaine. Les
villes de Port of Spain et de San Fernando
constituent les principaux centres de peuplement des îles. Le
christianisme est la principale religion, mais l'hindouisme ainsi que
l'islam sont largement répandus. La croissance démographique est
tempérée par une forte émigration en direction du Royaume-Uni, des
États-Unis et du Canada.
3. Les caractéristiques économiques
La domination de l'industrie sucrière pendant la période coloniale
n'est plus qu'un lointain souvenir. Le pétrole, exploité depuis la fin
du xixe s. et devenu, de nos jours, le
principal moteur de l'économie, a permis l'extraordinaire expansion du
pays. Mais la chute des cours mondiaux dans les années 1980 a révélé la
fragilité d'une économie trop dépendante de la production des
hydrocarbures. L'archipel s'est donc engagé dans la voie de la
diversification, notamment par le tourisme, afin d'échapper à sa trop
grande sensibilité aux fluctuations internationales. Trinité-et-Tobago
possède l'une des économies les plus dynamiques de la région des
Antilles. Le pays a bénéficié d'une croissance soutenue depuis les début
des années 2000, temporairement affaibli par la crise en 2009.
Trinité-et-Tobago possède une solide base
industrielle. Bénéficiant des incitations gouvernementales et de
l'investissement étranger, celle-ci repose sur la production de fer et
d'acier, la pétrochimie et la cimenterie. L'archipel exporte, en outre,
20 % du méthanol mondial et se place au 1er rang mondial dans le secteur des engrais azotés.
La puissante industrie pétrolière contribue pour la
moitié du produit intérieur brut (P.I.B.) et pour plus des trois quarts à
la valeur des exportations. Les champs pétrolifères, principalement
offshore, sont exploités par plusieurs sociétés, surtout américaines,
dont l'Amoco Trinidad Oil Company, qui fournit un peu plus de la moitié
de la production. Deux raffineries sont installées dans les villes de
Pointe-à-Pierre et Point Fortin, dans le sud-ouest du pays. Le pétrole
est exporté vers la Grande-Bretagne et l'Amérique du Nord. Les réserves
sont en voie d'épuisement et de nouvelles prospections sont en cours. La
Trinité possède, par ailleurs, les plus grandes réserves mondiales
d'asphalte (Pitch Lake, dans le sud-ouest de la Trinité, est exploité
depuis le xvie s.). L'exploitation du gaz
naturel est en voie d'expansion, contribuant à soutenir l'effort
industriel du pays. Un important gisement de gaz naturel a été découvert
en 2000 au sud-est des côtes de Trinité par la compagnie British
Petroleum.
Le secteur agricole a beaucoup souffert de
l'industrialisation du pays. Il n'a cessé de régresser et ne contribue
plus qu'à 1 % du P.I.B. Toutefois, il demeure une importante source
d'emplois. Les principales productions destinées à l'exportation sont le
café, le cacao, le coprah, les noix de coco et les agrumes.
L'exploitation forestière (teck et pin) progresse. La pêche est encore
loin de couvrir les besoins du marché local. Malgré l'extension de
l'agriculture vivrière (riz, maïs, racines, tubercules), l'essentiel des
ressources alimentaires du pays doivent être importées. L'élevage est
exceptionnellement développé pour un pays tropical.
Le tourisme s'est considérablement développé, en
particulier sur l'île de Tobago. L'expansion de ce secteur s'appuie sur
un milieu naturel très attractif, la construction d'infrastructures
hôtelières et l'amélioration des liaisons aériennes. Les visiteurs
viennent surtout d'Europe et des États-Unis.
HISTOIRE
1. La colonie britannique
Découverte par Christophe Colomb (juillet 1498), la Trinité est occupée par les Espagnols (1532). Attaquée par sir Walter Raleigh
(1595), par les Hollandais (1640), puis par les Français (1677, 1690),
elle est conquise par les Anglais (1797) et cédée à eux par la paix
d'Amiens (1802). Elle devient alors une colonie britannique, à laquelle
est jointe en 1889 l'île voisine de Tobago. L'expansion de la population
commence véritablement en 1783, et, à la fin du siècle, de nombreux
Français venus d'Haïti
s'y installent. La croissance de la population s'accélère avec la
distribution des terres de la Couronne en 1871 et après la Seconde
Guerre mondiale. L'île fait partie de l'éphémère Fédération des
Indes-Occidentales de 1958 à 1962.
2. L’indépendance
En 1962, après la dissolution de cette Fédération (mai), les îles de
la Trinité et de Tobago deviennent indépendantes au sein du Commonwealth (août).
Le People's National Movement (PNM), parti de la
communauté noire, détient la majorité à la Chambre des représentants à
partir de 1961. Dr Eric Williams, fondateur du PNM et considéré comme le
« père de la nation », devient Premier ministre. L'opposition est
constituée alors surtout par les Indiens, descendants d'une main-d'œuvre
importée de l'Inde après l'abolition de l'esclavage,
en 1838. La bipolarisation de la vie politique sur des clivages
ethniques et la montée du chômage provoquent en 1970 des émeutes de
Noirs (se réclamant du mouvement « black power » et de l’Américain
d’origine trinidadienne Stokely Carmichael) et la proclamation
temporaire de l'état d'urgence. Malgré la levée de ces dispositions,
l'opposition boycotte les élections de 1971, et de nouveaux troubles
raciaux éclatent la même année. Eric Williams les surmonte grâce à
l'aide des États-Unis, qui conservent encore une base navale dans l'île,
à Chaguaramas.
3. Une république fragilisée par les tensions raciales
En 1976, une Constitution républicaine est votée, la Trinité restant
au sein du Commonwealth, et l'ancien gouverneur général, sir Ellis
Clarke, devient président de la République. Noor Hassanali lui succède
en 1987.
À la mort d'E. Williams en 1981, George Chambers
prend la tête du PNM et du gouvernement. L'histoire politique de
Trinité-et-Tobago est ensuite fortement liée à la conjoncture
économique. Ainsi, le PNM perd le pouvoir aux élections de 1986 alors
que la crise du début des années 1980 touche durement le pays. Il est
battu par une coalition (pluriethnique) de partis d'opposition et de
dissidents du PNM regroupés au sein de la National Alliance for
Reconstruction (NAR) de Raymond Robinson. La violence politique éclate
en 1990, quand un groupe d'extrémistes musulmans tente un coup d’État
sur fond de crise économique aggravée. Le NAR laisse à nouveau le
pouvoir au PNM conduit, cette fois-ci, par Patrick Manning qui devient
Premier ministre après une victoire électorale aisée en décembre 1991.
La persistance de la crise économique provoque une nouvelle alternance
politique aux élections de 1995. Basdeo Panday, chef du United National
Congress (UNC) issu en 1988 du NAR et représentant surtout la communauté
indo-trinidadienne, devient le chef du gouvernement après avoir fait
jeu égal avec le PNM et bénéficié du soutien du NAR. L'amélioration des
conditions économiques, à partir de 1995, devient le principal allié du
parti au pouvoir. En février 1997, R. Robinson, du NAR, devient
président du pays à la suite du départ à la retraite de N. Hassanali.
Basdeo Panday est reconduit à la tête du gouvernement après la victoire
de son parti, l'UNC, aux législatives de décembre 2000.
De nombreuses accusations de fraude entachent
cependant la légitimité du scrutin. Trinité-et-Tobago renoue avec
l'instabilité politique et les tensions raciales. L'UNC se déchire et de
nouvelles élections sont organisées en décembre 2001. L'UNC de
B. Panday et le PNM de P. Manning font jeu égal. Loin de se résoudre, la
crise politique se prolonge et s'exacerbe quand le président
R. Robinson choisit de façon arbitraire P. Manning pour former le
gouvernement. Une issue est trouvée après la tenue d'une nouvelle
consultation électorale en octobre 2002. Le PNM s'impose définitivement,
en partie grâce aux soupçons de corruption pesant sur Panday – une
victoire renouvelée en 2007 avec 46 % des voix et 26 sièges. En février
2003, George Maxwell Richards remplace R. Robinson à la présidence de la
République. Le gouvernement de P. Manning doit faire face à une très
forte augmentation de la criminalité liée au trafic de stupéfiants : en
2004 un plan national de lutte contre la drogue est adopté pour cinq ans
et le pays collabore activement avec ses voisins dans ce domaine,
organisant en 2007 une nouvelle réunion sur la coopération UE-Amérique
latine-Caraïbes sur les drogues.
En perte de vitesse en raison notamment de nombreux
scandales politico-financiers, P. Manning et son parti sont battus aux
élections du mois de mai 2010 par le Partenariat du Peuple, alliance de
cinq partis d’opposition dont l’UNC, conduite par Kamla
Persad-Bissessar– la première femme (d’ascendance indienne tout comme
son prédécesseur à la présidence du parti B. Panday) à prendre la tête
du gouvernement – qui s’engage à lutter en priorité contre la corruption
et la violence mais aussi à surmonter les clivages ethniques. Entre
août et décembre 2011, l’état d’urgence doit être instauré dans
plusieurs zones touchées par une recrudescence de la criminalité liée au
trafic de stupéfiants. Élu par le parlement après accord entre les
partis, le nouveau président Anthony Carmona entre en fonctions en mars
2013.
Membre de la Communauté (et du marché commun) des
Caraïbes (CARICOM) depuis 1973 et de son Marché unique (Caricom Single
Market and Economy, CSME) depuis 2006, Trinité-et-Tobago est aussi l'un
des États fondateurs, en 1995, de l'Association des États de la Caraïbe
(AEC, dont le secrétariat général est à Port of Spain) et abrite depuis
2005 la Cour caribéenne de Justice (CCJ). En avril 2009, Port of Spain
accueille Ve sommet des Amériques réunissant les chefs d'État
et de gouvernement de 34 pays membres de l'Organisation des États
américains (OEA).
Le Togo Capitale:
Lomé Nom officiel: République
togolaise Population:
7 351 374 habitants
(est. 2014) (rang
dans le monde: 101) Superficie:56
785 km. car. Système politique:
république en transition vers une démocratie
multipartite Capitale:
Lomé Monnaie:
franc de la communauté financière africaine PIB (per
capita): 1 100$ US (est.
2013)
Langues:
français (langue officielle et langue des affaires),
éwé et mina (les deux langues africaines les plus
importantes dans le sud du pays), kabiyé et dagomba
(les deux langues africaines les plus importantes dans le nord du pays) Religions:
chrétiens
29%, musulmans 20%, croyances indigènes 51%
GÉOGRAPHIE
Pays au climat tropical, de moins en moins humide du sud (forêts) au
nord (savanes), le Togo demeure essentiellement rural. Les exportations
de produits agricoles (palmistes, café, cacao, coton) viennent
cependant loin derrière celles des phosphates du lac Togo, seule
ressource notable du sous-sol. Le manioc et le maïs constituent les
bases de l'alimentation.
1. Le milieu naturel
Étiré sur 600 km du nord au sud, depuis le Burkina (11 ° de latitude
nord) jusqu'au golfe de Guinée (5 ° de latitude nord), le Togo forme un
étroit couloir, large seulement d'une centaine de kilomètres, entre le
Ghana et le Bénin. Des plateaux et de larges plaines alluviales, de part
et d'autre d'une chaîne montagneuse prenant le pays en écharpe,
constituent les traits dominants du relief. La chaîne de l'Atakora
correspond à des alignements quartzitiques de direction S.-O./N.-E.,
d'altitude moyenne (800 m). La plaine orientale coïncide avec les
bassins du fleuve Mono et des deux petites rivières Haho et Sio qui se
jettent dans le lac Togo, communiquant avec la lagune Anécho. Cette
plaine est séparée de la zone lagunaire et littorale par le plateau de
« terre de barre », sablo-argileux, entaillé par la dépression de la
Lama. La plaine d'inondation de l'Oti, fermée au nord par le plateau de
Dapango, appartient au bassin hydrographique de la Volta.
Le climat résulte de la confrontation entre l'alizé
boréal (harmattan), flux d'air tropical continental sec et chaud, de
secteur nord-est, envahissant le Togo en hiver, et l'alizé austral,
humide, la mousson, de direction S.-O./N.-E., pénétrant plus ou moins
profondément à l'intérieur du pays en été. On distingue deux régimes
climatiques : au sud, un climat subéquatorial à quatre saisons
alternées, dont une grande saison des pluies (hivernage, d'avril à
juillet), et une grande saison sèche (de décembre à mars) ; au nord, un
climat tropical à deux saisons très contrastées. On notera toutefois
deux anomalies : la dorsale pluviométrique de l'Atakora (1 500 mm) et
l'anomalie négative littorale expliquant la présence de baobabs à Lomé
(800 mm).
La végétation est le reflet de la pluviométrie ; les
formations forestières de type ombrophile occupent le massif de
l'Atakora. Le bassin du Mono est le domaine de la savane guinéenne,
alors que la plaine de l'Oti est couverte de savanes soudaniennes.
2. La population et l'économie
Lomé
La population du Togo se caractérise par son dynamisme
démographique, avec un taux d'accroissement naturel de 2,7 % par an, sa
grande jeunesse (43 % des Togolais ont moins de 15 ans) et son inégale
distribution spatiale. La densité de peuplement, moyenne à l'échelle du
pays (84 habitants par km2), est particulièrement forte dans le Sud où elle dépasse 200 habitants par km2.
Le Togo demeure un pays essentiellement rural. La population urbaine,
qui a été multipliée par six depuis l'indépendance et concerne désormais
plus d'un habitants sur trois, est surtout concentrée dans le Sud où se
situe la capitale, Lomé (800 000 habitants), à la frontière avec le
Ghana et dont le port autonome est assez actif et accueille une zone
franche industrielle. Nord et Sud s'opposent également par l'origine des
peuples : groupe Kwa, dans lequel prédominent les Éwés, dans le Sud, plus christianisé ; groupe Gour, dominé par les Kabyès, dans le Centre et le Nord.
L'extension en latitude du pays autorise une assez
grande variété de productions rurales, l'agriculture employant plus des
deux tiers des actifs. Les cultures vivrières (manioc, maïs, mil,
arachide, fruits) et l'élevage ovin, essentiellement tournés vers la
satisfaction des besoins intérieurs, alimentent un commerce actif. Si
l'industrie est quasi inexistante, l'artisanat – le secteur informel –
est très développé, notamment dans les agglomérations. Les principaux
produits d'exportation sont les phosphates du lac Togo, seule ressource
notable du sous-sol, et les cultures commerciales (café, coton, cacao,
palmistes). L'élevage bovin et la pêche demeurent modestes. La balance
commerciale est structurellement déficitaire et ne tient pas compte des
intenses échanges transfrontaliers facilités par l'existence d'un réseau
de transport (routes et voies ferrées) relativement dense.
L'économie du Togo a été mise à mal par la grave
crise politique des années 1990 à 1993. Le pays, très endetté, privé de
l'aide internationale depuis ces troubles, connaît une situation très
précaire. La production de phosphates s'est effondrée de moitié, les
échanges ont fortement ralenti, des habitants du Sud ont fui la
répression, abandonnant leurs activités, et les finances publiques se
sont totalement dégradées. Le maintien d'un appareil d'État plus
qu'autoritaire n'est pas favorable à un véritable développement
économique.
HISTOIRE
1. Des contacts anciens avec les Européens
Le Togo a eu, jusqu'au partage colonial, une histoire difficile à
distinguer de celle de ses voisins. Aucun royaume comparable à l'Ashanti
ou au Dahomey (actuel Bénin) n'a imposé sa marque sur le pays. Sur un
fonds autochtone, Dapangos, Bassaris et Tambermas du Nord, Kabyès et
Akpossos du moyen Togo se sont entrecroisées des migrations : Éwés et Yorubas du sud du Dahomey, Baribas de Kouandé, Tyokossis de Côte d'Ivoire, Fantis
et Gouins du Ghana, Kotokolis de Haute-Volta, qui, selon les cas, sont
restés autonomes ou se sont fondus aux autochtones (Bassaris).
L'histoire des Éwés, partis de Kétou, est la mieux connue, notamment la diaspora qui, à la fin du xviie siècle,
les a vus se répandre dans tout le sud du pays et au sud-est du Ghana.
La période contemporaine (à partir de 1923) a aussi vu une émigration
kabré et losso vers le sud.
La côte togolaise, comme l'ensemble du littoral du golfe de Guinée, est visitée à la fin du xve siècle par les Portugais, puis par les Danois. Les missionnaires portugais apparaissent au xvie siècle, mais un protectorat de fait est exercé par les Danois.
Le commerce des esclaves
prospère de bonne heure, les plaines du bas Togo et à un degré moindre
du moyen Togo fournissant un vaste réservoir d'hommes à la traite
occidentale, dans laquelle se compromettent de nombreux notables. En
1800, le « Brésilien » (nom donné aux anciens esclaves libérés
d'Amérique du Sud) Francisco de Souza s'installe à Anécho et pratique la
traite, « bois d'ébène » compris.
Mais le commerce européen de l'huile de palme,
succédant à celui des esclaves, ne s'implante véritablement que dans la
seconde moitié du xixe siècle. Les premiers comptoirs européens (français, allemands et anglais) se créent vers 1870.
2. La conquête allemande et le partage franco-anglais
En juillet 1884, l'explorateur allemand Nachtigal
débarque près d'Anécho ; il signe des traités de protectorat avec les
chefs de Lomé, d'Anécho et de Porto Seguro. C'est lui qui nomme le pays
« Togo », d'après un petit village de la côte.
Dès 1885, les Allemands se heurtent à la France. La conférence de Berlin
accorde le champ libre à l'Allemagne, et en 1885 et 1886 sont signées
des conventions respectivement avec les Français et les Anglais,
laissant aux Allemands le libre accès vers le Niger.
La rivalité avec la France prend fin en 1897 avec le
traité de Paris qui fixe la frontière avec le Dahomey. Avec la
Grande-Bretagne, le sort d'une zone neutre au niveau du moyen Togo
demeure en suspens jusqu'au traité des Samoa en 1899. La capitale
s'installe à Lomé en 1897 et des postes sont créés à l'intérieur : Sansanné-Mango en 1896, Atakpamé et Sokodé en 1898.
La « pacification » totale sera difficile, notamment
dans le Nord (insurrection de 1897-1898 en pays konkomba). Le
développement économique démarre vite, notamment sous l'impulsion du
gouverneur-comte Zech : peu de plantations, mais prospection du
sous-sol, introduction de la culture du cacaoyer, du coton, du teck,
création d'un wharf à Lomé, construction de trois lignes de chemin de
fer, exportation d'huile de palme et de palmistes, importation de
cotonnades. Toutefois, le Nord n'est pas compris dans ce vaste plan de
mise en valeur.
Dès août 1914, le Togo, qui n'est défendu que par une
police indigène, est le siège d'opérations militaires menées par les
Alliés et suivies d'une reddition sans conditions le 26 août. Français
et Anglais se partagent le pays. La convention du 10 juillet 1919 donne à
la France les deux tiers du pays, l'entier front de mer et Lomé, tandis
que la Grande-Bretagne obtient les riches terres de l'Ouest. En 1922,
des mandats de la Société des Nations (SDN) sont attribués aux deux pays.
Le Togo français connaît d'abord l'administration
directe du ministère des Colonies, jusqu'en 1934, puis une sorte d'union
personnelle avec le Dahomey (gouverneur et chefs de service communs),
et, enfin, en 1936, l'intégration officielle dans l'Afrique-Occidentale française (A-OF).
3. Vers l'indépendance
Le 13 décembre 1946 est mis en place le régime de tutelle des
Nations unies, suivant l'article 73 de la charte de San Francisco,
prévoyant l'évolution progressive de la population vers la possibilité
de s'administrer elle-même. Un conseil de tutelle assure le contrôle de
l'administration française, cependant que le Togo fait partie intégrante
de l'Union française.
La vie politique est alors marquée par la création de partis, Comité d'unité togolaise (CUT), animé par Sylvanus Olympio, parti togolais du Progrès (PTP) de Nicolas Grunitzky,
Union des chefs et des populations du Nord (UCPN), et par le problème
des Éwés, dont le territoire est coupé en deux par la frontière avec la
Gold Coast (aujourd'hui Ghana).
Un mouvement animé depuis la Gold Coast (All Ewe
Conference) réclame l'unification du pays éwé sous tutelle britannique. À
la suite d'un mémorandum franco-britannique adressé aux Nations unies,
celles-ci créent une commission permanente pour les affaires togolaises,
qui ne parvient pas à une solution, les Éwés ne constituant qu'une
minorité dans les deux pays.
En 1951, c'est N. Grunitzky qui triomphe aux
élections. Dès 1955 est institué un conseil de gouvernement. Le 9 mai
1956, à la suite d'un plébiscite, les territoires du nord du Togo
britannique votent massivement le rattachement au Ghana, réglant ainsi
définitivement la question éwée.
La République autonome du Togo est proclamée le
30 août et N. Grunitzky devient Premier ministre. Peu à peu, les
pouvoirs passent entre les mains des Togolais. Le 27 avril 1958 ont lieu
des élections contrôlées par l'ONU, qui voient l'effondrement du PTP. À
son tour, S. Olympio devient Premier ministre et l'indépendance est
proclamée le 27 avril 1960.
4. De l'autocratie à la dictature
4.1. Sylvanus Olympio : la politique d'isolement
Sylvanus Olympio voit sa position renforcée par le triomphe des
listes de son parti aux élections du 9 avril 1961. Il mène dès lors,
grâce à une Constitution de type présidentiel, une politique
personnelle, jugulant toute forme d'opposition, instaurant un régime
d'austérité financière, isolant le pays à l'extérieur par une politique
de non-alignement sur les groupes de Brazzaville ou de Casablanca. Le
mécontentement gagne le pays, notamment le Nord, dont les populations se
sentent brimées par la place occupée par le Sud, mais aussi par les
planteurs de cacaoyers, l'élite chrétienne et la jeunesse urbanisée.
Dans ce contexte, le 13 janvier 1963, un groupe d'anciens tirailleurs de l'armée coloniale française mené par le sergent-chef Gnassingbé Eyadéma,
assassine Sylvanus Olympio. Un comité insurrectionnel militaire prend
le pouvoir et fait appel à N. Grunitzky et à Antoine Méatchi, leader de
l'UCPN. Le 5 mai de la même année, des élections ont lieu, tandis que la
nouvelle Constitution recueille la majorité des suffrages.
4.2. Gnassingbé Eyadéma et la domination des « nordistes »
La politique d'isolement prend fin. Le Togo entre à l'Organisation commune africaine et mauricienne (OCAM),
puis, en 1966, au Conseil de l'Entente. N. Grunitzky pratique une
politique libérale, tolérant l'existence d'autres partis à côté du sien,
l'Union démocratique des populations du Togo (UDPT).
Une tentative de coup d'État échoue en novembre 1966,
mais, le 13 janvier 1967, le lieutenant-colonel Gnassingbé Eyadéma
s'empare du pouvoir et suspend la Constitution ; il s'impose dès le
14 avril et devient président de la République. Un nouveau gouvernement
est formé, les quatre partis politiques supprimés et priorité donnée au
développement économique, profitant, au départ, de la construction par
l'Allemagne fédérale du nouveau port de Lomé, inauguré en avril 1968.
Pour évincer les partisans de ses prédécesseurs
– S. Olympio et N. Grunitzky – Gnassingbé Eyadéma fait approuver (1969)
par les chefs coutumiers la création d'un parti unique, le Rassemblement
du peuple togolais (RPT), qui devient l'institution fondamentale de
l'État et dont il est élu président.
Consultés par voie de référendum, les électeurs
togolais se prononcent le 9 janvier 1972 en faveur du président Eyadéma.
Ses compatriotes originaires du nord du pays, comme lui-même, sont
majoritaires à la direction du pays. En décembre 1979, une nouvelle
Constitution est approuvée par référendum et le général Eyadéma devient
le premier président de la IIIe République togolaise. Il est réélu en 1986, pour un nouveau mandat de sept ans.
5. De l'espoir à la tragédie
Comme par le passé, il s'agit d'une parodie d'élections, le « guide
suprême » recueillant 100 % des suffrages d'un électorat gonflé de
300 000 voix par rapport aux estimations les plus sérieuses des
démographes… Malgré tout, le régime s'adoucit sensiblement et, à partir
de 1990, l'exemple du Bénin voisin, premier pays francophone à engager
des réformes démocratiques, pousse le général-président Eyadéma à
quelques concessions.
Sa proposition de procéder à la séparation de l'État
et du parti unique n'apaise pas les tensions, les manifestations
d'octobre sont les plus violentes de l'histoire du Togo depuis
l'indépendance. Devant la pression de l'opposition politique et la
persistance des émeutes, il n'hésite pas à faire réprimer durement les
manifestations dans la capitale mais, en juillet-août 1991, finit par
accepter la tenue d'une conférence nationale, ouverte largement aux
représentants de la « société civile ». Celle-ci impose la constitution
d'un gouvernement dirigé par Joseph Kokou Koffigoh, le président de la
toute jeune Ligue togolaise des droits de l'homme.
Le 27 septembre 1992, la Constitution de la IVe République
est adoptée, par référendum, à une écrasante majorité. G. Eyadéma
semble n'avoir conservé qu'un rôle honorifique. En réalité, il s'appuie
sur l'armée, dont les officiers sont « nordistes » et qui lui est
totalement dévouée. Pilier du régime, l'armée lui sert à intimider la
population et les dirigeants de l'opposition, y compris par
l'assassinat, à encadrer des bandes de jeunes désœuvrés, à susciter des
« affrontements interethniques » ; elle se soulève ou se mutine
« spontanément » lorsqu'une décision du gouvernement ne plaît pas au
président. J. Koffigoh se rapproche peu à peu de la mouvance
présidentielle. Fin 1992, une grève générale est lancée et va se
prolonger pendant plusieurs mois. Fin janvier 1993, une manifestation
tourne à l'émeute. Le lycée français est parmi les cibles visées. Le
25 mars, le camp militaire dans lequel se trouve la résidence d'Eyadéma
est attaqué. La répression pousse près de 300 000 Loméens à fuir au
Ghana et au Bénin.
L'Allemagne et la France tentent de favoriser une
« table ronde inter-togolaise » qui se réunit à Strasbourg, mais échoue,
du fait surtout de l'intransigeance du président.
6. L'accord de Ouagadougou (juillet 1993)
Les négociations menées sous l'égide du président burkinabé Blaise Compaoré
aboutissent à un accord, signé le 11 juillet 1993 à Ouagadougou. Cet
accord prévoit notamment des élections présidentielles immédiates, sous
supervision internationale, le 24 août suivant. L'opposition appelle au
boycott, alors qu'elle aurait pu vraisemblablement les remporter. La
présence d'observateurs – dont l'ex-président des États-Unis, Jimmy Carter,
qui se retire pour protester contre certaines manipulations – permet
d'éviter un trucage majeur : certes, Gnassingbé Eyadéma est réélu avec
96 % des voix, comme au temps du parti unique, mais il recueille moins
de 700 000 voix sur 2 millions d'inscrits. L'abstention est massive dans
le Sud, dépassant 95 % en région maritime et 85 % à Lomé…
L'Union européenne
(à l'exception de la France) sanctionne le pouvoir togolais en
suspendant ses subventions, ce qui aggrave davantage la situation
économique et sociale du pays.
7. L'échec de la transition démocratique (1994-2005)
Les élections législatives de février 1994 confirment
l'affaiblissement du parti présidentiel, le RPT, qui n'obtient pas la
majorité. Mais le président parvient à diviser l'opposition en nommant
Premier ministre Edem Kodjo, chef d'un petit parti, au détriment
l'avocat Yawovi Agboyibo, leader du Comité d'action pour le renouveau
(CAR), le parti vainqueur.
Grâce à des législatives partielles organisées en
août 1996, le RPT devient majoritaire à l'Assemblée. Un technocrate
apprécié des institutions financières internationales, Kwassi Klutse,
est nommé chef du gouvernement. En juin 1998, la réélection à la
présidence de la République, avec plus de 52 % des voix, du général
Eyadéma face à Gilchrist Olympio, fils de l'ancien président assassiné,
est fortement contestée, tant par l'opposition que par les représentants
de l'Union européenne ; le général avait fait retirer manu militari le
contrôle du dépouillement à la commission électorale pour le confier à
son ministre de l'Intérieur.
À la faveur des élections législatives de 1999,
boycottées par les principaux partis de l'opposition, le président
retrouve ses pleins pouvoirs, 79 des 81 sièges de l'Assemblée revenant
au RPT. En juillet, un accord-cadre, destiné à rétablir un climat de
confiance et à mettre progressivement en place une démocratie
transparente et un État de droit, est signé par l'ensemble des partis
togolais, y compris par l'Union des forces du changement (UFC) de
Gilchrist Olympio, exilé depuis 1992 au Ghana puis en France. De son
côté, le général-président Eyadéma s'engage à ne pas briguer un
troisième mandat et à dissoudre l'Assemblée.
Les élections législatives, initialement prévues pour
octobre 2000 et dont le bon déroulement conditionne la reprise de la
coopération avec l'Union européenne, sont retardées. En février 2001,
une commission d'enquête internationale, saisie par l'ONU et l'OUA,
confirme les accusations publiées en 1999 par Amnesty International qui
dénonçaient de graves violations des droits de l'homme – et notamment
des centaines d'assassinats d'opposants perpétrés avant et après la
campagne présidentielle de 1998. En août, l'annonce de la condamnation à
six mois de prison ferme de Yawovi Agboyibo jette l'opposition dans la
rue.
De nouvelles dispositions sont introduites en 2002
dans le code électoral : désormais, tout candidat à l'élection
présidentielle doit jouir de la nationalité togolaise à titre exclusif
et avoir résidé à l'intérieur du pays pendant les douze mois précédant
l'élection.
Mais, usé et appauvri, le régime commence à se
lézarder : en juin, le Premier ministre Agbéyomé Kodjo, un successeur
potentiel du chef de l'État, entré en dissidence avec le RPT, fuit le
pays et rejoint l'opposition après avoir été limogé. Les élections
législatives d'octobre, à nouveau boycottées par l'opposition, procurent
une confortable majorité au RPT, qui amende la Constitution
(30 décembre 2002) et permet au général-président d'être éligible
indéfiniment. Ce dernier est réélu le 1er juin 2003, avec
57,22 % des voix devant Emmanuel Bob Akitani (34,14 %), candidat soutenu
par l'UFC, dont le président, Gilchrist Olympio, a été écarté du
scrutin faute d'avoir pu présenté un acte de domiciliation et un quitus
fiscal. L'opposition dénonce des fraudes massives.
Conformément ses engagements pris en avril 2004 pour
la reprise de la coopération avec l'Union européenne, le gouvernement
entame en juin avec l'opposition les premières consultations d'un
dialogue interrompu depuis plusieurs années.
8. De père en fils
Le 5 février 2005, le général-président Gnassingbé Eyadéma meurt
alors qu'il est évacué pour recevoir des soins. Selon la Constitution,
il revient au président de l'Assemblée nationale d'assurer l'intérim
avant l'organisation d'une élection présidentielle dans un délai de
soixante jours. Mais l'armée, empêchant le retour de celui-ci alors au
Bénin en bouclant toutes les frontières du pays, installe au pouvoir
Faure Gnassingbé, le fils du président défunt qui en avait fait son
dauphin désigné en le faisant nommer, en juillet 2003, ministre des
Mines, de l'Équipement et des Télécommunications, un poste stratégique
pour maintenir les ressources financières du clan.
Faure Gnassingbé est prestement élu à la tête de
l'Assemblée nationale par les députés qui procèdent simultanément à une
réforme expéditive de la Constitution, faisant en sorte que le nouveau
président de la République exerce ses fonctions jusqu'au terme du mandat
de son prédécesseur, soit jusqu'en juin 2008. Outre la population et
l'opposition togolaises – l'UFC de Jean-Pierre Fabre, le Comité d'action
pour le renouveau (CAR) de Yawovi Agboyibo – la communauté
internationale réagit unanimement à cette scandaleuse succession. L'Union africaine, en la personne du président nigérian Olusegun Obasanjo,
dénonce un « coup d'État militaire ». La CEDEAO adopte une série de
sanctions exceptionnelles (exclusion du Togo de l'organisation, rappel
des ambassadeurs à Lomé, etc.), les États-Unis, l'ONU et l'Union
européenne exigent le retour à la légalité constitutionnelle.
Faure Gnassingbé, cédant à la pression
internationale, démissionne le 25 février de la présidence de
l'Assemblée nationale (à laquelle est élu, Abass Bonfoh, son premier
vice-président) et annonce qu'il se porte candidat pour le compte du RPT
à l'élection présidentielle du 24 avril prochain. L'opposition,
regroupée au sein d'une coalition, entend saisir une chance historique
de changement politique et désigne après de laborieuses tractations
Emmanuel Bob Akitani comme son candidat unique. Le scrutin se déroule
dans le calme, à l'exception d'incidents survenus lors du dépouillement.
À l'annonce de résultats provisoires accordant la
victoire à Faure Gnassingbé, des scènes de violence éclatent dans les
rues de Lomé et dans plusieurs villes de province, où de jeunes
partisans de l'opposition affrontent l'armée et dénoncent une mascarade
menée avec la complicité de la CEDEAO et de la communauté internationale
(notamment celle de la France).
L'ordre est rapidement rétabli : selon un bilan
publié par les Nations unies en septembre, les violences, dont la
responsabilité principale est attribuée au régime, auraient fait, de
février à juin 2005, entre 400 et 500 morts et des milliers de blessés
dans les deux camps. Par ailleurs, plus de 32 000 Togolais ont fuit au
Bénin et au Ghana.
Le 3 mai, la Cour constitutionnelle, rejetant les
recours déposés par l'opposition pour le vote de centaines de milliers
d'électeurs fantômes, confirme l'élection de Faure Gnassingbé avec
61,1 % des suffrages contre E. B. Akitani crédité de 38,2 % des voix.
Edem Kodjo, ancien Premier ministre du général président (1994-1996)
passé à une opposition modérée est nommé Premier ministre. Le nouveau
gouvernement comprend quelques ministres de l'opposition, à l'exclusion
des grands partis de l'opposition dite radicale, qui refusent d'y
participer.
9. L'accord de Lomé (20 août 2006) et la présidence de Faure Gnassingbé
Le jeune Faure Gnassingbé, imposé par les généraux puis élu lors
d'un scrutin contesté marqué par les violences, s'efforce de gérer le
lourd héritage familial.
En rupture avec la politique menée par son père, il
abolit la peine de mort, instaure la gratuité de l'école primaire et
tente de pacifier le pays en libéralisant notamment les médias, en
supprimant la célébration du coup d'État du 13 janvier 2003 au cours
duquel fut assassiné, probablement par son père, le président Sylvanus Olympio et en instaurant une Commission « Vérité, justice et réconciliation ».
Des pourparlers intertogolais, entamés en juillet
2006, aboutissent à la signature d'un accord politique global entre le
gouvernement, les partis politiques et les représentants de la société
civile. L'accord de Lomé du 20 août 2006 prévoit la formation d'un
gouvernement d'union nationale, l'organisation d'élections législatives
et la normalisation de la coopération entre le Togo et l'Union
européenne. Nommé Premier ministre, l'avocat et opposant historique
Y. Agboyibo (leader du CAR) forme un gouvernement d'union nationale,
auquel refuse de participer l'UFC.
Les élections législatives d'octobre 2007 sont
remportées par le RPT qui obtient la majorité absolue au Parlement
(50 sièges sur 81), mais l'UFC et le CAR, avec respectivement 27 et
4 sièges, contestent les résultats et boycottent le gouvernement d'union
nationale. Dans ce climat politique tendu – arrestation en avril 2009
des deux frères du président, dont l'un, Kpatcha, est inculpé pour
« complot » et « tentative d'attentat contre la sûreté de l'État » –,
l'opposition réclame, dans la perspective de l'élection présidentielle
de 2010, un scrutin uninominal à deux tours, ce que refuse le RPT.
L'élection présidentielle du 4 mars 2010 revêt toutes
les apparences d'une simple formalité. Peu avant, la candidature du
Franco-Togolais Kofi Yamgnane, ancien secrétaire d'État de François
Mitterrand et sérieux concurrent du président sortant dans le Nord, est
invalidée par la Cour constitutionnelle en raison d'une contradiction
sur sa date de naissance ; celle de Gilchrist Olympio n'a pu être
enregistrée à la suite d'un accident survenu en janvier aux États-Unis.
Placé sous la surveillance d'observateurs de l'UE, le
scrutin se déroule sans violence. Faure Gnassingbé, opposé à six
candidats, est réélu avec 60,88 % des voix devant Jean-Pierre Fabre
(UFC), son principal concurrent qui recueille 33,93 % des suffrages et
dénonce l'introduction d'électeurs fictifs et l'achat de voix.
10. Cohabitation
Dans un but d’apaisement, le président Faure Gnassingbé et Gilchrist
Olympio signent un accord en mai en vue de la participation au
gouvernement de l’UFC. Celle-ci obtient ainsi plusieurs postes
ministériels, le RPT conservant toutefois sa prééminence. Mais cette
ouverture, présentée comme « historique », est dénoncée par plusieurs
dirigeants du principal parti d’opposition, au premier rang desquels
Jean-Pierre Fabre, qui font finalement scission pour fonder en octobre
l'Alliance nationale pour le changement (ANC).
Malgré la relance du « Cadre permanent de dialogue et
de concertation », créé en 2009, et la poursuite des audiences par la
commission « Vérité, justice et réconciliation » – une phase qui se clôt
en décembre 2011 sur un bilan très mitigé –, la situation politique du
pays et les relations entre le pouvoir et l’opposition regroupée
désormais principalement autour de l'ANC, du Front républicain pour
l’alternance et le changement (FRAC) et du CAR, restent tendues à
quelques mois des prochaines échéances électorales prévues en 2012 et
finalement reportées à juillet 2013.
Ce scrutin, marqué par un taux de participation de
66 % et avalisé par la communauté internationale (UE, CEDEAO, UA) malgré
des irrégularités pointées par des observateurs indépendants, donne la
victoire au parti au pouvoir, l’UNIR (ex-RPT) qui remporte 62 sièges sur
91. Se présentant en ordre dispersé, l’opposition ne parvient pas à
s’imposer bien que remportant globalement davantage de voix : seul le
CST (Collectif « Sauvons le Togo ») dont fait partie l’ANC de
Jean-Pierre Fabre, tire son épingle du jeu en faisant élire 19 députés,
la coalition arc-en-ciel menée notamment par Dodzi Apévon du CAR ne
remportant que 6 sièges.
À la tête de la contestation au Togo depuis les
années 1990, seule véritable opposition au régime du général Eyadema et
deuxième force parlementaire depuis 2007 avec 27 députés, l’Union des
forces du changement (UFC) de Gilchrist Olympio ne parvient pas à
justifier sa collaboration avec Faure Gnassingbé et subit un sévère
revers en ne conservant que 3 sièges. En septembre, le président
reconduit dans ses fonctions le Premier ministre Arthème Ahoomey Zunu,
qui, après le refus des principaux partis d’opposition d’y participer,
forme un nouveau gouvernement largement dominé par l’UNIR.
Nom
officiel: République démocratique du
Timor-Leste Population:
1 201 542 habitants
(est. 2014)
(rang
dans le monde: 159) Superficie:
14 874km.
car. Système politique:
république Capitale:
Dili Monnaie:
dollar US PIB
(per
capita): 21 400$ US
(est.
2013) Langues:
tétum (langue oficielle parlée par 80% de la
population),
portugais (langue officielle), anglais, indonésien. S'ajoutent quelque 16 langues indigènes. Religions: catholiques
romains 96,9%, protestants/évangélistes 2,2%, musulmans0,3%, autres 0,6%% (2005)
GÉOGRAPHIE
Dans ce pays montagneux où dominent les cultures vivrières, le
production de café et l'élevage, les ressources gazières et pétrolières
sont exploitées depuis quelques années.
1. Le milieu naturel
Le pays est très montagneux : dix sommets dépassent les 1 500 mètres
d'altitude, le point culminant étant le mont Tata Mailau (2 960 m). Les
collines, aux formes molles, ravinées par l'érosion, sont dominées par
des pitons calcaires. Le Timor oriental se trouve sur l'arc « externe »
de la Sonde. Le relief a été mis en place au miocène. Des nappes de
schistes cristallins et de calcaires primaires et jurassiques ont été
charriées vers le nord sur des flyschs plus tendres ; une tectonique
cassante (nombreux fossés orientés est-ouest) vient compliquer la
structure ; le soulèvement semble se poursuivre à l'heure actuelle.
Aucun volcan n'est actif aujourd'hui. Les plaines littorales,
marécageuses et malariennes, sont plus développées sur la côte sud.
La situation abritée du pays lui vaut un climat
tropical à nuance sèche très marquée, en dépit de la proximité de
l'équateur (entre 8° et 10° de latitude sud). La saison des pluies
s'étend de décembre à mars et la saison sèche de mai à septembre. Les
typhons viennent régulièrement dévaster l'île. Sous l'effet des
ravinements, des défrichements et des feux, la forêt claire, riche
autrefois de bois de santal, a disparu au profit d'une savane où
poussent des essences australiennes, dont l'eucalyptus.
2. La population
Les habitants associent des traits mélanésiens et malais. Quoique les premiers habitants aient probablement été des Mélanésiens, très métissés avec les Proto-Malais arrivés ensuite, les quelque trente-deux langues actuelles font en grande majorité partie du vaste groupe austronésien ou malayo-polynésien ; elles ont donc une parenté lointaine avec l'indonésien.
Culturellement, on est cependant loin de Java : pas de trace
d'indianisation ancienne et faible présence de l'islam. L'animisme,
interdit sous la domination indonésienne, et bien que légèrement en
déclin, subsiste encore grandement. La christianisation marque le pas,
seule une minorité se convertissant, surtout au catholicisme. Au moins
six peuples principaux se partagent le territoire. Les Tetuns (en
indonésien Tetum) constituent le plus nombreux d'entre eux. Les Bunaqs
parlent une langue papoue. Les Atonis, présents dans l'enclave
d'Oecussi où ils sont connus sous le nom de Vaikeno, sont en majorité
protestants.
3. Les faibles ressources du nouvel État
Né en 2002 de la séparation de la partie orientale de
l'île de Timor d'avec l'Indonésie, le nouvel État de Timor oriental ne
dispose que de faibles ressources. L'agriculture repose sur des cultures
vivrières. L'agriculture sèche sur brûlis, itinérante, permet de
produire du riz sec, du maïs, du sorgho et du taro, alors que sont
cultivés dans des plantations le riz et le tabac, ainsi que le café ;
l'élevage des buffles, introduit au début du xxe s.,
vient en concurrence avec l'agriculture extensive et n'a apporté aucun
progrès ; celui des chevaux était, sous la domination indonésienne, en
partie destiné au marché javanais.
Le Timor oriental doit faire face à une situation économique et sociale extrêmement difficile. Le conflit armé avec l'Indonésie
a vraisemblablement décimé le tiers de la population depuis 1975
(environ 200 000 personnes), dont la plupart des hommes adultes. Le
départ de l'armée indonésienne en 1999 s'est accompagné de la
destruction d'une grande partie des infrastructures et d'une politique
de terre brûlée.
Depuis l’accession du pays à l’indépendance, en 2002,
le Timor oriental pays demeure très pauvre, sans poids économique réel,
et mal doté en infrastructures, notamment en écoles. Il est aujourd'hui
entièrement dépendant de l'aide étrangère. Il devrait disposer
prochainement de deux ressources : la production d'un excellent café,
toutefois réduite, et surtout l'exploitation de pétrole et de gaz
offshore. Cette exploitation, qui se ferait conjointement avec
l'Australie car les gisements sont situés dans le détroit de Timor, à
peu près à mi-chemin de l'Australie, devrait constituer pendant de
nombreuses années l'essentiel des ressources du nouvel État. Le
règlement de la question des frontières maritimes entre les deux pays,
qui implique aussi l'Indonésie, reste en suspens.
HISTOIRE
1. De la colonisation à la décolonisation
1.1. Sous la tutelle portugaise
Les Portugais arrivent sur l'île à la fin du xvie siècle.
Ils se maintiennent dans la partie orientale de Timor, alors que les
Hollandais les supplantent partout ailleurs en Insulinde, y compris dans
l'ouest de Timor à partir du xviie siècle.
L'île reste cependant à l'écart des grandes voies
maritimes et n'offre guère de perspectives commerciales, en dehors du
bois de santal. Lisbonne se soucie peu de son territoire du bout du
monde : l'implantation administrative et militaire reste des plus
légères. Les nombreux royaumes locaux ou chefferies s'auto-administrent
de fait largement jusqu'au début du xxe siècle.
Pour en savoir plus, voir les articles Empire colonial néerlandais, Empire colonial portugais.
1.2. Le partage de l’île (1904)
La frontière officielle entre le Timor portugais et la partie
relevant des Pays-Bas n'est délimitée qu'en 1904. L'île est alors
découpée en deux moitiés presque égales (15 800 km2 à l'ouest, 14 800 km2 à l'est), l'enclave portugaise d'Oecussi se trouvant dans la partie occidentale.
Les Timorais du côté oriental restés attachés au Portugal subissent à partir de 1926 la dictature d'António de Oliveira Salazar ; en 1941, l'invasion puis l'occupation japonaise. En 1945, l’autorité portugaise est restaurée.
L'accession de l'Indonésie à l'indépendance, en 1949,
marque un nouveau pas dans la dissociation des destinées des deux
parties de l'île.
L'Ouest, dont la principale ville, Kupang, devient le
chef-lieu de la vaste province de Nusa Tenggara Timur (4 millions
d'habitants), voit son identité indonésienne renforcée par l'arrivée de
nombreux migrants, souvent javanais ou bugis (de Célèbes), et musulmans ; il connaît alors un développement économique limité.
L'Est, en dehors d'un soulèvement politique en 1959,
demeure relativement isolé et calme, à l'ombre de la dictature de
Salazar, puis de Marcello Caetano.
1.3. Naissance de l'Union démocratique de Timor (UDT) et du Fretilin
En 1974, la partie orientale de Timor se trouve mal préparée à une
décolonisation rapide amorcée par les changements politiques qu'a
induits la révolution des œillets
au Portugal. Quelques groupes, principalement issus de la petite élite
métisse ou proche du pouvoir colonial, fondent des partis politiques
locaux pour mener le processus d'accession à l'indépendance. Les deux
principaux sont : l'Union démocratique de Timor (UDT) et le Fretilin
(Frente Revolucionária do Timor-Leste Independente, Front
révolutionnaire pour l'indépendance du Timor oriental).
L'UDT, dominée par de hauts fonctionnaires de la
colonie et des planteurs, prône une transition douce vers
l'indépendance. Le Fretilin, influencé par les idées révolutionnaires,
demande la séparation immédiate d'avec le Portugal. Malgré leurs
divergences, les deux partis parviennent à établir une coalition en
janvier 1975.
Mais l'Indonésie, redoutant, comme les États-Unis,
une menace communiste dans la région (Saigon tombe aux mains des
Vietnamiens en avril 1975), manipule secrètement l'UDT. En août 1975, ce
parti tente un coup d'État. Son échec permet au Fretilin d'accéder au
pouvoir au terme d'une brève guerre civile ayant causé environ
2 000 morts, tandis que l'administration portugaise s'installe dans
l'île d'Atauro, au large de la capitale Dili.
2. L'invasion et l'occupation indonésiennes (1975-1999)
Le Fretilin, confronté aux incursions des troupes indonésiennes
concentrées sur la frontière qui préparent l'invasion du Timor oriental
(l'opération Lotus), et devant l'absence de réaction des Portugais,
décide, en désespoir de cause, de proclamer l'indépendance de la
République démocratique du Timor oriental le 28 novembre 1975.
Neuf jours plus tard, le 7 décembre, Jakarta
déclenche l'opération Lotus. L'armée indonésienne (25 000 hommes) fait
face aux unités paramilitaires du Fretilin (30 000 Falintil) ; ses
exactions contre les civils liguent une grande majorité d'entre eux qui
se réfugie dans les montagnes et oppose une résistance d'une ampleur
surprenante ; le conflit s'enlise. Après avoir renforcé ses effectifs et
ses équipements, l'armée indonésienne lance des opérations militaires
d'envergure jusqu'à la fin des années 1980.
Bien que le Timor oriental soit devenu, en juillet 1976, la 27e province indonésienne, cette annexion unilatérale n'a jamais été reconnue par les Nations unies.
2.1. Le silence de la communauté internationale
L'invasion et l'annexion du Timor oriental par l'Indonésie se
déroulent avec la complicité de la communauté internationale. Pris dans
les tourments d'une instabilité politique en métropole, le Portugal
laisse faire. Les États-Unis, redoutant un basculement du Timor oriental
vers le bloc communiste, soutiennent l'Indonésie à qui ils fournissent
l'essentiel de ses armements. Côté australien, le gouvernement affiche
sa complaisance à l'égard de l'envahisseur dont elle reconnaît la
victoire et obtient, en retour, des droits sur les réserves
d'hydrocarbures en mer de Timor. Pour des raisons stragtégiques, l'URSS
voit dansl’Indonésie un contrepoids à la Chine.
2.2. La résistance est-timoraise : Xanana Gusmão et l'Église catholique
La résistance timoraise n'est cependant pas de taille à lutter
militairement contre l'armée indonésienne. De surcroît, en 1992, son
chef charismatique, José Alexandre, dit Xanana Gusmão,
est capturé. Fils d'instituteur, ancien élève des Jésuites, ce dernier a
pris la tête de la rébellion en 1979, après la mort de Nicolau Lobato,
abattu par l'armée indonésienne. Pour rétablir l'unité du mouvement
divisé par des questions doctrinaires, Xanana Gusmão a créé en 1988 le
Conseil national de la résistance timoraise maubere (CNRM).
Pendant de nombreuses années, l'Église catholique
timoraise est la seule à critiquer ouvertement l'occupation indonésienne
du Timor oriental. Se faisant le porte-parole des opprimés, elle
consolide sa position dans la société est-timoraise et, d'Église
coloniale se transforme en Église nationale (évaluée à 30 % de la
population en 1975, la population passe à 80 % en 1985). À la suite de
Monseigneur da Costa Lopez, évêque de Dili de 1977 à 1983, son
successeur, Carlos Felipe Ximenes Belo condamne l'offensive indonésienne
et revendique, malgré les risques, un référendum sur l'indépendance en
1989.
2.3. La fin de l'indifférence internationale
Une série d'événements au retentissement important attirent enfin
sur le Timor oriental l'attention de l'opinion mondiale : la visite du
pape Jean-Paul II
en 1989 ; la diffusion sur les chaînes occidentales du massacre de
250 jeunes indépendantistes dans le cimetière de Santa Cruz, à Dili, en
novembre 1991 ; l'arrestation en 1992 du leader charismatique Xanana
Gusmão ; en 1996, le choix de l'évêque de Dili, Monseigneur Carlos
Felipe Ximenes Belo et du « ministre des Affaires étrangères » du
Fretilin, José Ramos-Horta, comme lauréats du prix Nobel de la paix.
Enfin, en avril 1998, de sa prison où il est toujours
détenu, Xanana Gusmão transforme le CNRM en Conseil national de la
résistance timoraise (CNRT), dont il prend la présidence.
3. Le difficile chemin vers l'indépendance
En 1998, la chute du leader indonésien, le général Suharto
– qui a refusé jusqu'au bout d'accorder tout statut spécial à l'ancien
territoire portugais – précipite les choses. Son successeur, Jusuf
Habibie, dépendant de l'aide occidentale alors que son pays subit
l'impact de la crise économique de 1997, se doit de faire des
concessions politico-diplomatiques. Ayant évoqué en juin 1998 un statut
d'autonomie pour le Timor oriental, il accepte en janvier 1999 qu'en cas
de refus l'Indonésie laisse le territoire devenir indépendant.
Négocié sous les auspices de l'ONU, un accord
prévoyant une consultation à brève échéance sur un projet de large
autonomie accordée par l'Indonésie est signé le 5 mai 1999 à New York
par Jakarta et Lisbonne. Une petite force civile des Nations unies,
l'Unamet (United Nations Assistance Mission in East Timor), chargée de
superviser la campagne et le scrutin, entreprend le recensement des
électeurs (les Timorais d'origine, à l'exception des immigrants de la
période d'occupation). Cependant, les milices anti-indépendantistes,
formées, payées et entraînées par l'armée indonésienne – qui a fait du
Timor oriental sa chasse gardée et tire des revenus de l'exploitation de
ses ressources –, lancent des campagnes d'intimidation et de violence à
l'encontre de la population : plus de 200 personnes périssent avant
même le scrutin du 30 août. Un habitant sur dix est chassé de chez lui.
3.1. Un référendum d'autodétermination réprimé
Malgré les menaces, 99,6 % des inscrits participent au scrutin qui
se déroule dans le calme. 78,5 % d'entre eux se prononcent contre
l'autonomie, donc en faveur de l'indépendance. Dans les jours qui
suivent, l'ONU assiste impuissante à la flambée de violence à laquelle
se livrent les milices pro-indonésiennes, appuyées par les forces
armées : 2 000 Timorais sont tués, 60 % à 80 % des édifices publics et
privés incendiés ; les deux tiers des habitants s'enfuient, dont un
tiers (290 000) sont emmenés de force au Timor occidental.
Sous la pression de la communauté internationale,
Jusuf Habibie finit par accepter (12 septembre) l'intervention d'une
force internationale de maintien de la paix (Interfet). Celle-ci, placée
sous commandement australien et composée d'environ 7 000 hommes, prend
le contrôle du territoire le 27 septembre et y rétablit progressivement
l'ordre, aidée en cela par les Falintil. Le 19 octobre, l'Indonésie
reconnaît les résultats de la consultation du 30 août 1999.
3.2. Un terrible bilan
Le pays ayant été fermé aux étrangers jusqu'en 1989, le nombre de
victimes de l'occupation indonésienne est difficile à évaluer, en dépit
des recherches effectuées depuis l'indépendance. Leur nombre, entre
170 000 et 250 000, soit entre un quart et un tiers de la population de
1975, en fait l'une des grandes tragédies du xxe siècle.
Beaucoup d'indépendantistes sont tués lors des combats de 1975, puis
lors d'opérations de « ratissage » des montagnes où s'est réfugiée la
guérilla du Fretilin. D'autres sont massacrés, parfois par groupes
entiers, au moins jusqu'au début des années 1980. La volonté d'affamer
des populations déplacées par l'armée vers des camps de regroupement mal
ravitaillés a des conséquences plus dramatiques encore.
4. L'indépendance (1999-2002)
4.1. Le Timor oriental sous administration provisoire de l'ONU
Le 25 octobre 1999, le Conseil de sécurité confie aux Nations unies
l'administration civile et militaire du Timor oriental. Sous la
direction du Brésilien Sérgio Vieira de Mello, l'Untaet (United Nations
Transitional Authority in East Timor) est dotée de larges pouvoirs
civils et judiciaires. Appuyée par une force de 9 000 Casques bleus,
elle est chargée de faciliter l'aide humanitaire et le retour des
centaines de milliers de réfugiés, puis d'organiser l'accession du
territoire à l'indépendance.
Le 23 octobre 2000, un Conseil national de 36 membres
est créé, sorte de Parlement consultatif, dont le leader de la
résistance, Xanana Gusmão (libéré en septembre 1999), devient le
président. Il en démissionne en mars 2001, suite à des différends sur
les modalités d'élaboration de la Constitution du futur État, pour
laquelle il aurait souhaité une large consultation populaire. Xanana
Gusmão est remplacé brièvement par José Ramos-Horta, puis par Manuel
Carrascalão, membre fondateur de l'UDT.
4.2. L'accession à l'indépendance
En août 2001, les Est-Timorais sont appelés à élire les 88 membres
d'une Assemblée constituante. Xanana Gusmão décide de dissoudre la
plate-forme du CNRT pour laisser jouer les forces politiques.
L'élection, qui confronte 16 partis, est une réussite démocratique. Le
Fretilin l'emporte avec 57,4 % des suffrages.
La nouvelle assemblée élabore une Constitution de
type parlementaire, très largement calquée sur celle du Portugal, avant
de se muer en première Assemblée nationale en mars 2002. Le mois
suivant, Xanana Gusmão est élu président avec 82,7 % des voix, face à
Francisco Xavier do Amaral. Marí Alkatiri, secrétaire général du
Fretilin, de confession musulmane, est nommé Premier ministre.
L'indépendance du Timor oriental est internationalement reconnue le
20 mai 2002. Le pays devient le 191e membre de l'ONU le 27 septembre 2002.
5. Les difficultés du plus jeune État de l'Asie
5.1. L’intégration régionale
Du point de vue extérieur, la situation vis-à-vis des deux puissants
voisins – l'Indonésie et l'Australie – s'améliore progressivement.
La pacification des relations avec l'Indonésie
Redoutant l'établissement d'une commission d'enquête de l'ONU sur
les crimes commis entre 1975 et 1999, Jakarta se rapproche du Timor
oriental afin de promouvoir la mise en place d'une commission bilatérale
alternative indo-timoraise. De leur côté, les autorités est-timoraises
sont peu enclines à envenimer leurs relations avec l'ancien occupant.
Aussi, les gouvernements timorais et indonésien choisissent d’éviter le
recours à la justice pour réparation des graves violations des droits de
l'homme.
Une commission de réconciliation « Vérité et
Amitié » est établie fin décembre 2004. Son rapport, publié en 2008,
conclut à la responsabilité institutionnelle des forces civiles et
militaires indonésiennes pour les violations massives des droits de
l’homme qu’elles ont commises contre des civils considérés comme
indépendantistes.
Un accord sur les frontières terrestres des deux pays est trouvé lors de la visite officielle du président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono au Timor oriental en 2005.
Un rôle particulier pour l'Australie
De son côté, l'Australie reste très présente au Timor oriental, dans
une relation de rivalité plus ou moins manifeste avec l'Indonésie et
surtout avec le Portugal, toujours actif du point de vue culturel. Lors
de l'accession à l'indépendance du Timor oriental, l'Australie,
puissance régionale, apparaît comme le sauveur du tout nouvel État dont
les infrastructures ont été détruites à 70 % par l'armée indonésienne.
Les Est-Timorais, escomptant une aide économique de Canberra, renoncent à
contester l'accord signé entre l'Australie et l'Indonésie de 1972, qui
rejetait dans les eaux internationales la plus grande partie des
réserves d'hydrocarbures est-timoraises. Depuis 2002, des négociations
sont en cours entre les deux États qui revendiquent l'un et l'autre
l'exploitation du Greater Sunrise, le gisement le plus important en mer
de Timor. En 2012, la visite d'État du Premier ministre Xanana Gusmão en
Australie marque le réchauffement des liens entre les deux pays.
5.2. Une situation économique, politique et sécuritaire fragile
Le plus jeune État de l'Asie est confronté à des problèmes immenses : économiques, culturels et politiques.
Le Timor oriental est l'un des pays les plus pauvres
d'Asie :plus de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, le
taux de chômage frôle les 20 %. En novembre 2002, la capitale, Dili, est
secouée par de violentes manifestations de chômeurs. Avec des revenus
pétroliers en augmentation, le pays dispose d'atouts non négligeables,
mais la population attend toujours des résultats concrets, notamment
dans l'amélioration du niveau de vie (éducation, santé).
Principalement touchée, la jeunesse se sent
marginalisée : celle-ci, qui n’a connu que l’occupation indonésienne, a
été éduquée dans un système indonésien alors que les langues officielles
sont le tetun et le portugais ; la maîtrise de cette dernière est
nécessaire à l’accession à certaines des plus hautes fonctions
administratives.
De même, les Est-Timorais qui sont restés sur place
pour résister sous le joug indonésien s'estiment disqualifiés vis-à-vis
des Est-Timorais de retour d'exil, souvent issus de l'élite lusophone.
Depuis avril 2006, une fraction de l'armée, provenant de la partie
occidentale du Timor oriental et se plaignant de discriminations, amorce
une logique de confrontation entre les deux moitiés du pays, entraînant
le déplacement de près de 200 000 personnes. Face aux violents
affrontements entre cette fraction de l'armée et la police, le président
Gusmão demande le retour d'une force militaire internationale
(2 500 hommes) afin de rétablir l'ordre.
Début 2006, le président Gusmão entre en conflit
ouvert avec son Premier ministre, M. Alkatiri, qui est poussé à la
démission en juin 2006. Constatant le manque de pouvoir que la
Constitution nationale accorde au président, ce dernier laisse José
Ramos-Horta (Premier ministre depuis juillet 2006) se présenter à
l'élection présidentielle de mai 2007, qu'il remporte.
De son côté, Xanana Gusmão refonde le CNRT sous une
nouvelle appelation (Congrès national pour la reconstruction de Timor)
et concourt aux législatives de juin 2007. Bien qu'arrivé second
derrière le Fretilin, le CNRT parvient à constituer une coalition
majoritaire, à laquelle le président J. Ramos-Horta demande de former un
gouvernement. Xanana Gusmão obtient le poste de Premier ministre en
août 2007 : cette nomination entraîne une flambée de violences de la
part de partisans du Fretilin, surtout dans les districts de l'Est.
Les tensions s'enveniment et conduisent en février
2008 à une double tentative d'assassinat qui blesse grièvement le
président Ramos-Horta et le Premier ministre Xanana Gusmão. Depuis, les
auteurs de l'attaque, une fraction de l'armée rebelle en fuite depuis
les événements de 2006, se sont rendus aux autorités. Amorcé en 2009, le
transfert du maintien de l'ordre entre les Nations unies et les forces
de police est-timoraises, s'est achevé en 2011.
Le poids politique des anciens guérilleros de la
guerre d'indépendance demeure important, comme le montre l'élection
présidentielle de 2012. Candidat indépendant pour un second mandat, José
Ramos-Horta est éliminé lors du premier tour, face au candidat et
président du Fretilin, Francisco Guterres, ancien combattant
indépendantiste, et au candidat indépendant soutenu par le CNRT du
Premier ministre, le général José Maria de Vasconcelos. Ce dernier,
ancien chef des Falintil surnommé Taur Matan Ruak (nom de guerre
signifiant « Deux yeux perçants ») a dirigé l'armée jusqu'en 2011.
Vainqueur au second tour avec 61,2 % des suffrages contre 38,8 % à son
adversaire, Taur Matan Ruak entre en fonctions le 20 mai.