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vendredi 8 mai 2015

La Zambie

 Drapeau de la Zambie
La Zambie 
Capitale: Lusaka
 Zambie
 Nom officiel: République de Zambie
Population: 14 638 505 habitants (est. 2014) (rang dans le monde: 69)
Superficie: 752 614 km. car.
Système politique: république
Capitale: Lusaka
Monnaie: kwacha

PIB (per capita): 1 800$ US (2013)
Langues
: bemba 33,4%,
nyanja 14,7%, tonga 11,4%, lozi 5,5%, chewa 4,5%, nsenga 2,9%, tumbuka 2,5%, lunda 1,9%, kaonde 1,8%, lala 1,8%, lamba 1,8%, luvale 1,5 %, anglais  1,7%, mambwe 1,3%, namwanga 1,2%, lemje 1,1%, bisa 1%, autres 0,4%, non spécifié 0,4% (est. 2010)
Religions: protestants 75,3%, catholiques romains 20,2%, autres 2,7%, aucune 1,8% (est. 2010) 

GÉOGRAPHIE

La Zambie, au climat tropical tempéré par l'altitude, est formée surtout de collines et de plateaux. La majorité de la population vit de l'agriculture (maïs surtout), mais ce sont les mines (cuivre en tête, cobalt, or, argent, etc.) de la Copper Belt qui fournissent l'essentiel des ressources du pays, qui souffre de son enclavement.

1. Le milieu naturel




La Zambie est une région de hautes terres dont la plus grande partie est située entre 1 200 et 1 500 m d'altitude. Plusieurs cycles d'érosion ont nivelé le vieux socle précambrien, donnant un relief de collines ou de plateaux où se dressent des inselbergs. L'altitude est plus élevée vers la frontière du Katanga, dans les monts Muchinga à l'est et le long de la frontière nord-est, où quelques sommets dépassent 2 000 m. Une série de fossés tectoniques s'alignent du nord-est au sud-ouest (fossés de la Luangwa et du Zambèze) ; à l'ouest, le socle est recouvert par des dépôts sableux du Kalahari. Les précipitations croissent du sud (moins de 700 mm de pluies par an) vers le nord, où elles atteignent 1 100 à 1 500 mm. La saison des pluies dure environ 6 mois (novembre à avril), mais la variabilité interannuelle est assez grande, et le pays connaît des années de sécheresse anormale, désastreuse pour l'agriculture. L'altitude abaisse les températures ; durant la saison fraîche (avril-août), elles peuvent descendre au-dessous de 10 °C, et le gel n'est pas rare localement ; les maximums sont atteints en fin de saison chaude (novembre : plus de 30 °C). La plus grande partie du pays est le domaine de la forêt claire, ou miombo (arbres à feuilles caduques peu serrées, couverture herbeuse), mais son défrichage a entraîné l'extension de la savane. De vastes zones périodiquement inondées occupent des dépressions : Ouest du pays, cuvette du lac Bangweulu. Le long de la Luangwa et du Zambèze s'étire une savane à baobabs. Les trois quarts du pays sont drainés par le Zambèze et ses affluents, la Kafue et la Luangwa ; des chutes séparent des biefs à pente faible, où les eaux s'étalent parfois en marécages. Le Nord-Nord-Est appartient au bassin du Congo.

2. La population

Plus de 70 groupes ethniques, essentiellement bantous, composent la population de la Zambie. Venues du nord entre le xvie et le xviiie s., les ethnies bantoues appartiennent, pour la plupart, à la zone de tradition matrilinéaire (où l'autorité sur les enfants est exercée par l'oncle maternel) qui s'étend du Mozambique (avec les Makondés) à l'Angola (où elle comprend les Ambos et les Tchokwés). Parmi les ethnies matrilinéaires, les Lozis peuplent, au sud-ouest, la plaine du Barotseland, les Bembas, le Nord-Est, les Tongas et les Ilas, le Sud. Les ethnies patrilinéaires, arrivées plus tardivement en Zambie, comprennent principalement les Kololos (mêlés aux Lozis) et les Ngonis, un clan zoulou originaire du Natal, établi dans le Sud. Bon nombre des quelque 70 000 Européens que comptait le pays avant l'indépendance ont quitté la Zambie.
La densité moyenne de la population, très faible (17 habitants par km2), ne rend pas compte de l'inégale distribution de la population. Les densités sont en effet beaucoup plus fortes dans la zone minière (la Copper Belt, ou « Ceinture de cuivre »), au nord, où se trouvent les principales villes (Kitwe, Ndola, Mufulira), à l'exception de Lusaka, la capitale. Le taux d'urbanisation progresse rapidement (Lusaka compte 1,3 million d'habitants). La croissance démographique, de l'ordre de 3,2 % par an entre 1975 et 1979, s'est ralentie. La population s'accroît désormais au rythme de 1,9 % par an, le taux de natalité (41 ‰) et l'indice de fécondité (5,9 enfants par femme) restant, cependant, encore très élevés. La population est extrêmement jeune (46 % des Zambiens ont moins de 15 ans, 2 % seulement sont âgés de plus de 65 ans). L'espérance de vie à la naissance, 45 ans, est la troisième la plus faible du monde, après celle des habitants de l'Afghanistan et du Zimbabwe.

3. L'économie

La majorité de la population vit de l'agriculture, mais ce sont les mines de la Copper Belt qui fournissent l'essentiel des ressources commerciales du pays. L'explosion démographique et l'ampleur de la dette extérieure expliquent à la fois la grande pauvreté des habitants et la nécessité de l'appel à l'aide internationale.

3.1. L'agriculture

ELa faible production agricole ne suffit pas à nourrir la population et le pays a recours aux importations. Les paysans pratiquent encore, surtout dans l'Est, une culture sur brûlis (« système chitiméné »), à faible rendement, qui consiste à semer des céréales pauvres dans les cendres de branches d'arbres coupées et brûlées, sans labour préalable. La production vivrière repose principalement sur le manioc, les céréales (maïs) et les légumes (haricots). Au Barotseland, on plante le manioc sur les hauteurs qu'épargne la montée saisonnière des eaux, tandis que, à la décrue, la plaine offre des pâturages aux troupeaux de bovins. Le maïs est cultivé par les Tongas dans la région riveraine du lac Kariba. L'agriculture commerciale s'est développée essentiellement sous l'impulsion des colons : les planteurs européens, qui s'étaient installés le long de la voie ferrée traversant le pays du nord au sud, possèdent encore quelques centaines de grandes exploitations assurant environ 45 % de la production agricole (maïs, tabac, coton, canne à sucre, lait). Le cheptel bovin occupe un place prépondérante dans l'élevage, loin devant les caprins, notamment dans l'Ouest (Barotseland). La pêche est active dans les lacs et rivières du Barotseland et du Nord (lacs Moero et Bangweulu).

3.2. L'industrie du cuivre en difficulté

Les gisements de cuivre – qui prolongent ceux du Katanga, dans la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) – donnent des signes d'épuisement. Le gouvernement du président Chiluba – au pouvoir de 1991 à 2002 – a entrepris de privatiser les mines, à l'origine propriétés du consortium sud-africain Anglo-American et de la société américaine American Metal Climax, mais nationalisées à 60 % par son prédécesseur Kenneth Kaunda. Le sous-sol de la Zambie recèle également du cobalt, à Kabwe (autrefois Broken Hill), du zinc et du plomb. La production des mines de charbon (non cokéfiable) de Maramba a diminué de moitié depuis 1970.
Le secteur industriel (ainsi que les banques) a été nationalisé à partir de 1968, à hauteur de 51 %. Les parts revenant à l'État ont été dévolues à un organisme gouvernemental, l'Industrial Development Corporation (INDECO), qui, en 1991, contrôlait 75 % de la production manufacturée. L'INDECO a favorisé, sous la présidence de K. Kaunda, la création d'entreprises industrielles en association avec des sociétés étrangères, mais plusieurs ont périclité, dont une usine textile à Kafue ou le complexe sidérurgique de Tika. Comme pour l'exploitation minière, le gouvernement de F. Chiluba a lancé un programme de privatisation de ces entreprises étatiques. Le secteur industriel, aujourd'hui, repose principalement sur la raffinerie de Ndola, qui traite le pétrole brut acheminé par un pipeline venant de Dar es-Salaam en Tanzanie, sur la métallurgie, le raffinage du cuivre, le textile, l'agroalimentaire, la chimie et sur plusieurs usines d'assemblage de voitures ou de tracteurs (de marques européennes ou japonaises).
Les communications intérieures restent médiocres et les liaisons extérieures, compliquées par l'enclavement du pays. La principale voie ferrée, le TAN-ZAM, construite par les Chinois et achevée en 1975, relie Dar es-Salaam à la Copper Belt. La ligne nord-sud relie le pays à l'Afrique du Sud, via le Zimbabwe, et à l'Angola, via la République démocratique du Congo (c'est le chemin de fer de Benguela, mis hors d'usage durant la guerre civile en Angola). Les barrages de Kariba (sur le Zambèze) et de la Kafue alimentent le pays en électricité.
Le commerce extérieur est souvent déficitaire. Les principaux fournisseurs de la Zambie sont l'Afrique du Sud, l'Allemagne et les États-Unis. Le Japon (premier acheteur du cuivre zambien) est le principal client.

HISTOIRE

1. Des origines à la colonisation

Comme nombre de pays de la région, la Zambie était peuplée à l'origine par les Twas, Pygmées vivant de chasse et de cueillette. Ils sont submergés à partir du second millénaire par des agriculteurs bantous qui introduisent la métallurgie et développent l'exploitation des gisements de cuivre. Les Tongas et les Ilas sont sans doute partis de la rive orientale du lac Tanganyika pour s'installer sur le territoire de l'actuelle Zambie à partir du xiie s. Ils sont suivis par d'autres immigrants venus des pays lunda et louba de la région du Katanga, dont les Bembas, qui ont vraisemblablement traversé la rivière Luapula avant la fin du xviie s.
Les Lozis, qui s'étaient installés à peu près à la même époque au Barotseland (province de l'Ouest), sont soumis au xixe s. par un clan sotho venu d'Afrique australe, les Kololos. Les Lozis se soustraient à cette domination en 1864 en massacrant en une nuit tous les chefs kololos.
Les Ngonis, arrivés en Zambie au début du xixe s., faisaient partie des troupes de l'Empire zoulou de Chaka (1818-1828) qui migrent en Afrique australe vers la fin de son règne (1826).

2. La colonisation britannique

2.1. La British South Africa Chartered Company

À la fin du xixe s., la British South Africa Chartered Company, créée par Cecil Rhodes, Premier ministre de la colonie britannique du Cap, obtient une concession au Barotseland et signe des accords de protectorat avec des chefs bembas.

2.2. La Rhodésie du Nord, la Rhodésie du Sud et le Nyassaland

En 1911, toute la région correspondant à la Zambie d'aujourd'hui est proclamée colonie britannique sous le nom de Rhodésie du Nord. Elle jouxte deux autres possessions de la Couronne britannique, la Rhodésie du Sud (le futur Zimbabwe) et le Nyassaland (futur Malawi).
Après la Seconde Guerre mondiale, la suprématie des Européens majoritaires dans les conseils législatifs des trois territoires commence à être contestée par des mouvement africains.
En 1948, Harry Nkumbula crée ainsi un parti rebaptisé trois ans plus tard le Congrès national africain (→ African National Congress, ANC) de Rhodésie du Nord, dont Kenneth Kaunda, un instituteur d'origine bemba, devient secrétaire général en 1953.

2.3. La fédération de Rhodésie et du Nyassaland

La même année, une fédération groupant les deux Rhodésies et le Nyassaland est imposée par la minorité européenne, dirigée par sir Roy Welensky, malgré l'opposition des partis nationalistes noirs. Leurs chefs, K. Kaunda en Rhodésie du Nord – surnommé le « Gandhi noir », et qui, séparé d'Harry Nkumbula, est devenu en 1960 président de l'United National Independence Party (UNIP) –, Joshua Nkomo en Rhodésie du Sud et Hastings Kamuzu Banda au Nyassaland, obtiennent en 1963 la dissolution de la fédération des Rhodésies et du Nyassaland.

3. L'indépendance et le contexte régional




L'UNIP l'emporte largement sur l'ANC aux élections de 1964 sur l'autonomie interne, et le pays accède à l'indépendance en octobre de la même année sous le nom de Zambie, tout en restant au sein du Commonwealth.
K. Kaunda est élu président de la République. Le Nyassaland devient indépendant la même année sous le nom de Malawi, tandis qu'en 1965 la Rhodésie du Sud rompt unilatéralement ses liens avec le Royaume-Uni, et prend le nom de Rhodésie tout court. Le nouveau régime, dominé par les Blancs et dirigé par Ian Douglas Smith, est soutenu par l'Afrique du Sud et par le Portugal (qui contrôle encore ses colonies d'Angola et du Mozambique).
Durant les vingt-cinq années qui suivent, la Zambie, pays enclavé, déploie tous ses efforts pour se dégager de l'emprise économique du « bastion blanc » de l'Afrique australe (colonies portugaises, Rhodésie et Afrique du Sud), par lequel transite tout son commerce extérieur, notamment ses exportations de cuivre. L'étau autour de la Zambie se desserre en 1975 avec l'accession à l'indépendance du Mozambique et de l'Angola, et l'achèvement de la voie ferrée construite par les Chinois entre Dar es-Salaam et la province de la Copper Belt (« Ceinture de cuivre »). Mais les négociations auxquelles se prête K. Kaunda, tant avec la Rhodésie qu'avec l'Afrique du Sud, se soldent par des échecs. Pour ne pas dépendre de l'électricité fournie par la centrale du barrage de Kariba érigée sur la rive rhodésienne, K. Kaunda fait construire une centrale sur la rive zambienne et un barrage sur la Kafue.
La Zambie abrite des mouvements de libération noirs de l'Angola, puis de la Rhodésie, dont les camps sont bombardés respectivement par les aviations portugaise et rhodésienne. L'étau se desserre encore après l'accession à l'indépendance de la Rhodésie – qui devient alors le Zimbabwe – en 1980. La Zambie, qui fait partie des États noirs de la « ligne de front » opposés à l'Afrique du Sud, n'a plus pour adversaire que cette dernière, dont l'armée effectue des opérations de représailles pour la dissuader d'accorder asile aux mouvements de libération sud-africain et namibien. La libération de Nelson Mandela en 1990, qui entraînera le démantèlement définitif de l'apartheid, mettra un terme à vingt-cinq ans d'affrontements qui ont épuisé la Zambie.

4. La nationalisation et l'instauration du parti unique

Peu après son arrivée au pouvoir, le président Kaunda met fin au régime des royalties que versait la Rhodésie du Nord à la British South Africa Chartered Company pour les concessions minières accordées au début de la colonisation, moyennant une indemnisation payée à parts égales par la Zambie et le Royaume-Uni.
Il se lance ensuite dans un programme de nationalisation des entreprises privées, puis des mines de cuivre, dont des organismes d'État acquièrent la majorité du capital. Il doit cependant affronter l'opposition de l'aile gauche de l'UNIP, animée par le vice-président Simon Kapwepwe, bemba comme K. Kaunda, partisan d'un socialisme rigoureux et proche de la Chine populaire. Celui-ci entre en dissidence et fonde en 1971 son propre parti, l'United Progressive Party (UPP). S. Kapwepwe est arrêté, puis libéré en 1973, tandis qu'H. Nkumbula, un Ila, et son parti, l'ANC, se rallient à la formation gouvernementale (1972), que réintègre également S. Kapwepwe. La Zambie vit désormais sous le régime du parti unique.
En 1978, le président Kaunda se voit contraint de rouvrir la frontière avec la Rhodésie, fermée depuis 1973, pour permettre l'acheminement d'engrais nécessaires à la prochaine récolte de maïs. La même année, il écarte les candidatures de H. Nkumbula et de S. Kapwepwe à l'élection présidentielle, où il est seul candidat. En 1986, l'aviation sud-africaine bombarde un camp de l'ANC sud-africain, tandis qu'une augmentation du prix du maïs (aliment de base de la population) provoque des troubles sérieux.

5. Le rétablissement du multipartisme et les difficultés économiques

5.1. Le rétablissement du multipartisme

Malgré grèves et complots, l'UNIP et K. Kaunda – élu pour un sixième mandat en 1988 – se maintiennent au pouvoir jusqu'en 1991. En 1990, le prix du maïs double par suite de la suppression des subventions imposée par le Fonds monétaire international (FMI), alors que l'inflation dépasse les 120 %. Après de graves émeutes, qui font une trentaine de morts, et l'échec d'un coup d'État, le président rétablit le multipartisme réclamé, entre autres, par le Movement for Multi-party Democracy (MMD), créé par le leader syndicaliste bemba Frederick Chiluba. Ce dernier et le MMD remportent très largement les élections législatives et présidentielle (1991) qui suivent et K. Kaunda accepte sa défaite et celle de l'UNIP.

5.2. Frederick Chiluba (1991-2002)

Le nouveau président F. Chiluba entreprend de privatiser les entreprises sous contrôle étatique (dont les mines de cuivre), et de diminuer le nombre des fonctionnaires. Le gouvernement est secoué par divers scandales financiers, et l'ex-président Kaunda est écarté de l'élection présidentielle par une loi qui en exclut les candidats dont les parents ne sont pas zambiens (ceux de K. Kaunda sont originaires du Malawi). Le MMD et F. Chiluba remportent, avec une très faible participation électorale, les élections de novembre 1996, boycottées par l'UNIP. En 1997, à la suite d'une tentative de coup d'État, K. Kaunda, accusé de complot, est arrêté. Après diverses interventions en sa faveur, dont celle du président sud-africain Nelson Mandela, il bénéficie d'un non-lieu dès l'ouverture de son procès, en juin 1998.
En 2001, F. Chiluba – qui a perdu une bonne partie de son crédit au cours de son second mandat – tente d'obtenir une modification de la Constitution qui lui permettrait de se présenter une troisième fois. Ayant échoué, il accorde son soutien à Levy Mwanawasa (MMD) qui, au terme d'un scrutin marqué par une fraude de grande ampleur, est déclaré en janvier 2002 par la Cour suprême vainqueur d'une courte tête de l'élection présidentielle de décembre 2001 (avec 28 % des voix contre 27 % à l'ancien homme d'affaires Anderson Mazoka, dauphin de Kaunda et leader de l'United Party for National Development, ou UPND, parti libéral créé en 1998). La nouvelle Assemblée est, en revanche, légèrement dominée par l'opposition dont la dizaine de partis (UPND en tête) devance de justesse le MMD (68 sièges).

5.3. Le MMD au pouvoir

Déterminé, Levy Mwanawasa s'attaque à la corruption tout au long de son mandat. Dès son élection, il engage le Parlement à lever l'immunité de son prédécesseur, mis en accusation pour détournements de fonds en février 2003. Le 28 septembre 2006, L. Mwanawasa est réélu à la présidence de la République avec 42,9 % des voix devant Michael Sata, candidat du Patriotic Front (PF) qui remporte 29,3 % des suffrages et Hakainde Hichilema, de l'United Democratic Alliance (UDA) qui en obtient 25,3 %. Contesté par l'opposition, le scrutin est jugé transparent et démocratique par les observateurs internationaux dont l'Union européenne, contrairement à celui de 2002. À l'Assemblée nationale, le MMD obtient une courte majorité (grâce aux huit députés nommés par le président) devant le PF et l'UDA. Apurant les comptes de l'État et comptant parmi les chefs d'État africains les plus critiques à l'égard du président zimbabwéen Robert Mugabe, L. Mwanawasa a continué comme son prédécesseur à ouvrir largement la Zambie aux capitaux chinois.
À la suite du décès de L. Mwanawasa en août 2008, Rupiah Banda, vice-président en exercice et candidat du MMD, remporte l'élection présidentielle organisée le 30 octobre 2008 avec une très légère avance sur M. Sata du PF (40,1 % des suffrages contre 38,1 %). Bien que contestés par l'opposition, les résultats sont avalisés par la SADC et l'Union africaine. Le nouveau président, qui prête serment le 2 novembre, achève le mandat de son prédécesseur le mandat de son prédécesseur jusqu’aux élections générales de septembre 2011.

5.4. Le PF au pouvoir : Michael Sata (2011-2014), Edgar Lungu (2015-)

M. Sata, lors de sa quatrième tentative depuis la création de son parti en 2001 – qui devance le MMD au Parlement – l’emporte avec 43 % des suffrages face au président sortant. Si la situation économique globale du pays s’est améliorée, elle a surtout bénéficié de la hausse des cours du cuivre, un atout qui n’a eu que peu d’effet sur la pauvreté dans la mesure où le gouvernement ne tire que des recettes limitées de ces exportations. Après avoir dénoncé durant sa campagne la prédominance des intérêts chinois, le nouveau chef de l’État, qui a reçu le soutien des laissés-pour-compte de la croissance (6,7 % en 2011), s’engage notamment à revoir le régime fiscal des compagnies minières étrangères après consultation de ces dernières. Président très controversé, accusé notamment par ses adversaires de vouloir museler l’opposition et de freiner le développement économique du pays, M. Sata doit être hospitalisé et décède en octobre 2014. Le 25 janvier 2015, élu avec 48,3 % des voix, Edgar Lungu, ministre de la Défense et candidat du Patriotic Front (PF), lui succède à la présidence de la République jusqu’aux prochaines élections en 2016.

Documentaire : Zambie, à qui profite le cuivre ?

Pourquoi les pays les plus riches en matières premières restent-ils souvent englués dans la misère ? Eléments de réponse avec le cas d'une mine zambienne.

On ne croit sans doute pas si bien dire quand on parle d'"exploiter" un gisement de matières premières. Car ce verbe vaut bien au-delà des seules ressources en question : il se rapporte non seulement aux travailleurs de la mine, mais aussi à l'environnement et même souvent au pays tout entier.

Mines de rien

En témoigne l'histoire de la mine de cuivre de Mopani, en Zambie, qui résume à elle seule l'envers du capitalisme financier globalisé. Plutôt que de profiter aux Zambiens, l'or rouge qui abonde dans leur sous-sol est d'abord pour eux synonyme de misère et de pollution. Une forme aiguë du "mal hollandais" qu'Audrey Gallet et Alice Odiou ont auscultée dans un documentaire édifiant, récompensé par le dernier prix Albert Londres.
Tout commence au début des années 1990 lorsque, sous la pression de la Banque mondiale, l'Etat zambien accepte de privatiser ses mines de cuivre. Celle de Mopani est ainsi acquise par la firme de négoce Glencore et son sulfureux PDG Marc Rich, plusieurs fois poursuivi pour corruption et fraude fiscale. Et quelques années plus tard, celle-ci obtient un prêt de 48 millions d'euros de la Banque européenne d'investissement (BEI) pour "moderniser" l'outil de production, favoriser l'emploi et réduire la pollution.

Métal hurlant

Mais, sur place, c'est tout le contraire qui s'observe : les mineurs sont licenciés en masse et les salaires pressés à la baisse, tandis que l'air et l'eau sont saturés en dioxyde de souffre et en arsenic, du fait de la méthode d'extraction économe choisie, qui empoisonne toute la population locale. Certains habitants commencent à s'organiser et fondent l'association Green and Justice.
L'un de ses principaux animateurs, le jeune économiste Savior Mwamba, entre en contact avec plusieurs ONG européennes, comme Les Amis de la Terre et Sherpa. Ensemble, ils mettent à jour les jeux de filiales et de prix de cession internes qui permettent à Glencore - dont la maison-mère est comme par hasard domiciliée dans le canton suisse de Zoug - de n'acquitter pratiquement aucun impôt en Zambie.
Loin de constituer un cas isolé, la mine de Mopani illustre combien les différents phénomènes en jeu font système. Et nous concernent tous, à en croire l'avertissement sur lequel s'achève le film : "Ruine économique et désastre écologique, si rien n'entrave ce mécanisme, alors la Zambie est notre futur."

 



Le Qatar

Drapeau du Qatar 
Le Qatar 
 Capitale: DohaArabie saoudite - Bahreïn - Émirats arabes unis - Oman - Qatar - Yémen
Nom officiel: État du Qatar
Population: 2 123 160 habitants (est. 2014) (rang dans le monde: 147)
Superficie: 11 437 km. car.
Système politique: émirat, monarchie absolue
Capitale: Doha
Monnaie: rial qatari
PIB (per capita):
102 100$ US (est. 2013)
Langue
s: arabe (langue officielle), anglais (utilisé largement comme langue seconde)

Religions: musulmans 77,5%, chrétiens 8,5%, autres 14% (recensement 2004)

GÉOGRAPHIE

1. Le cadre naturel

À la différence des autres petits États voisins (le Bahreïn, les Émirats arabes unis), le Qatar a une individualité géographique précise. C’est une péninsule calcaire de direction nord-sud, atteignant 80 m d’altitude, correspondant à un dôme anticlinal qui fait partie des plis de couverture de l’est de la plate-forme arabique.

2. La population





Bâti sur un désert de pierres, le petit État du Qatar s'est peuplé à partir du xviiie s. grâce à la sédentarisation progressive de tribus bédouines nomades. Jusqu’à la découverte du pétrole, la vie se concentrait dans le petit port de Doha, sur la côte est de la péninsule, centre de pêche perlière, environné de palmeraies partiellement abandonnées. L’intérieur était à peu près vide. Quelques puits, sans doute alimentés par des nappes profondes en provenance de l’Arabie centrale, y localisaient des tours de refuge abritant les bergers semi-nomades de la côte contre les Bédouins, qui leur disputaient le pays.




Musulmans sunnites, les Qatariens sont aussi wahhabites (adeptes d'un islam très conservateur), comme leurs voisins d'Arabie saoudite. Ils constituent une toute petite minorité au sein de la population totale de la péninsule. Les travailleurs immigrés (Indiens, Pakistanais, autres ressortissants d'Asie, Arabes) représentent, en effet, 70 % des habitants de l'émirat et 80 % de sa population active.




La capitale, Doha, concentre 40 % de la population du pays. L'émirat a connu une forte croissance démographique après 1945, grâce à une natalité très élevée et, surtout, grâce à l'arrivée de nombreux immigrants, attirés par les possibilités de travail offertes par une production pétrolière en plein essor. Les Indiens représentent la première communauté étrangère, avec plus de 500 000 ressortissants, soit le quart de la population totale du pays. Le taux de natalité reste, de nos jours, important (17 ‰), avec un indice de fécondité de 2,4 enfants par femme. Des politiques volontaristes dans les domaines de la santé et de l'éducation ont amélioré ses conditions de vie.

3. L'épuisement de la manne pétrolière

L'économie du Qatar est fondée sur l'exploitation de ses abondantes ressources en hydrocarbures, notamment, en pétrole, découvert en 1939 et exploité dès 1949. Le plus ancien gisement est celui de Dukhan, sur la côte ouest ; il est relié par oléoduc au port d'Umm Said, sur la côte est. Le Qatar possède d'autres gisements sous-marins moins importants, comme Maydam Mahzam et Idd al-Chargi. Cependant, les réserves pétrolières (environ 500 millions de tonnes) sont en voie d'épuisement. Le Qatar mise donc, désormais, sur sa richesse en gaz naturel. Avec un potentiel de près de 11 000 milliards de m3, il possède les troisièmes réserves mondiales prouvées, et le « gisement du Nord », mis en exploitation en 1991, est l'un des plus vastes réservoirs de gaz naturel du monde.

4. Une économie en voie de diversification




Le Qatar a découvert, avec la crise des années 1980, les dangers d'une trop grande dépendance vis-à-vis de la manne pétrolière. Il a donc tenté, dès 1989, de diversifier son économie en développant, notamment, son secteur industriel (raffinage pétrolier, pétrochimie, liquéfaction du gaz naturel, engrais, cimenterie, sidérurgie). L'agriculture (légumes, céréales, aviculture, produits laitiers) a fait de nets progrès, même si elle ne fournit que 1 % du produit intérieur brut (PIB). L'absence de ressources en eau est partiellement compensée par la construction d'usines de dessalement de l'eau de mer. La guerre du Golfe, en 1991, a eu des conséquences limitées sur l'activité économique et, même si le Qatar a dû s'endetter pour permettre le démarrage de l'exploitation du gaz naturel, il reste l'un des pays les plus riches du monde.
Le Qatar tend à s'affirmer comme une puissance régionale et, fort de ses capacités d'investissement, à jouer un rôle économique et politique influent à l'international. La chaîne de télévision al-Jazira connaît une large audience internationale.
Le Qatar a été désigné pour organiser la Coupe du monde de football en 2022. Compte tenu du climat torride en été, la saison (été ou hiver), voire même l'année (2021 ou 2022), se sont pas encore fixées. Le Qatar s'est engagé sur la livraison de 12 stades, dont 9 nouveaux, pour un investissement total et record de 200 milliards de dollars.

5. Le site du Qatar classé à l'Unesco





Le Qatar possède un site inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco : le site archéologique de la ville fortifiée côtière d’al-Zubarah.

HISTOIRE

Au début du xxe siècle, le Qatar est lié à la Grande-Bretagne par un traité signé en 1868, et renouvelé en 1916.

1. Un émirat indépendant

En mai 1970, le cheikh Khalifa ibn Hamad al-Thani (membre de la famille qui gouverne le territoire depuis 1868) forme le premier gouvernement de l'État du Qatar, et devient Premier ministre. En septembre 1971, l'émirat annonce qu'il renonce à faire partie de la Fédération des Émirats arabes unis, proclame son indépendance, signe un nouveau traité avec la Grande-Bretagne, et devient membre de la Ligue arabe et de l'ONU.
Avec le soutien de la famille royale, le cheikh Khalifa dépose le souverain régnant et accède au trône (22 février 1972). Le nouvel émir annonce plusieurs mesures de modernisation. En 1974, le Qatar prend le contrôle total des sociétés pétrolières implantées sur son territoire. Le cheikh Khalifa, qui cumule les fonctions de chef de l'État et de Premier ministre, s'engage dans une expérience « parlementaire » limitée, en créant, en 1972, un Conseil consultatif dont tous les membres sont choisis par l'émir.
En mai 1977, Hamad ibn Khalifa al-Thani, fils aîné de l'émir, est désigné comme prince héritier et promu ministre de la Défense. En mars 1981, le Qatar participe à la fondation du Conseil de coopération du Golfe (CCG) avant de conclure, en février 1982, un accord de sécurité avec l'Arabie saoudite.

1.1. Incidents frontaliers et stabilité intérieure

L'émirat entretient des relations plus chaotiques avec ses voisins immédiats. En avril 1986, les Qatariens débarquent sur l'île artificielle de Facht al-Dibal, qui appartient à Bahreïn, et capturent 29 techniciens étrangers occupés à construire un poste de garde-côtes. Le conflit s'aggrave en 1992 à propos des îles de Hawar, dont les deux émirats se disputent la souveraineté. La même année, en septembre, un incident frontalier avec l'Arabie saoudite provoque la mort de deux soldats qatariens. Le Qatar suspend alors l'accord de 1965 sur la délimitation des frontières entre les deux pays, qui ne se réconcilient qu'en décembre.
À l'intérieur de l'émirat, la vie politique reste stable, à peine troublée, en 1992, par une pétition de notables qui réclament plus de démocratie. Cette stabilité se maintient malgré la mise à l'écart, en juin 1995, de l'émir Khalifa, détrôné par le prince héritier Hamad, qui promulgue quelques réformes économiques et sociales. En mars 1999, les premières élections au suffrage universel, annoncées par l'émir deux ans auparavant, ont permis de désigner les 29 membres d'un Conseil municipal consultatif unique pour toute la péninsule. En avril 2003, pour la première fois, une femme est élue à cette même assemblée.
En mars 2001, le litige qui oppose Bahreïn et le Qatar est définitivement réglé par la Cour internationale de justice. C'est en 1991 que le Qatar avait porté le conflit devant cette haute instance juridique, mais Bahreïn, préférant une médiation de son protecteur l'Arabie saoudite, avait refusé jusqu'à maintenant de reconnaître les compétences de celle-ci dans ce différend. La souveraineté du Qatar est reconnue sur la zone d'al-Zubara et sur les hauts-fonds de Facht al-Dibal, tandis qu'à Bahreïn reviennent notamment les îles Hawar. Cet accord pacifique intervient alors que le Qatar – comme Bahreïn – s'est engagé dans la voie de la démocratisation.
À la suite de l'adoption par référendum d'une nouvelle Constitution en 2003 (entrée en vigueur en 2005), l'émirat devient une monarchie constitutionnelle. Un conseil consultatif de 45 membres, dont 30 seront élus au suffrage universel, l'autre tiers étant désigné par l'émir, devait voir le jour en 2007 mais les élections ont été reportées à une date ultérieure. La création en 1996 de la chaîne télévisée par satellite Aljazeera qui s'est considérablement développée depuis, lançant une version anglophone en 2006, témoigne également de la volonté d'ouverture de l'émirat.

2. Une politique extérieure autonome

Comme les autres membres du CCG, l'émirat soutient l'Iraq face à l'Iran entre 1980 et 1988, ce qui ne l'empêche pas de mener une politique étrangère indépendante. En 1989, un contentieux l'oppose à l'Iran, qui revendique un tiers de son gisement de gaz naturel, le « gisement du Nord ». Le conflit est résolu en 1992 par la signature d'accords de coopération économique entre les deux États.
Parallèlement, le Qatar renoue avec l'Égypte en 1987, et établit, en 1988, des relations diplomatiques avec la Chine et l'URSS. En 1990, il dénonce l'invasion irakienne au Koweït, mais reprend contact avec l'Iraq dès 1993. En 1994, il entame avec Israël des négociations économiques qui n'aboutiront pas, le Qatar condamnant dès 1997 la politique israélienne de colonisation des territoires occupés.
Ses liens avec les États-Unis sont particulièrement étroits depuis 1992, mais ses relations avec l'Union européenne se développent également progressivement. Les relations avec la France s'intensifient à partir du milieu des années 1990 : coopération militaire depuis 1994, intensification des échanges commerciaux et investissements qatariens, dont des achats de prestige tels que celui du Saint Germain FC. L’organisation de compétitions sportives (Jeux asiatiques de 2006, chantiers en vue de la Coupe du monde de football de 2022) fait également partie de cette « diplomatie du chéquier ».

2.1. Un rôle de médiateur

Après avoir présidé l'Organisation de la conférence islamique (OCI) en 2000-2003, le Qatar se distingue surtout par une politique extérieure particulièrement active et originale. Il offre notamment ses bons offices lors de la crise qui menace le Liban en mai 2008. C'est ainsi sous son égide qu'est signé l'accord de Doha, le 21 mai, qui fin à ce conflit armé entre factions libanaises. Par ailleurs, il propose sa médiation en Somalie pour l'ouverture de négociations entre le gouvernement fédéral de transition et le mouvement des tribunaux islamiques, ainsi qu'au Soudan en vue du règlement du conflit au Darfour, accueillant à partir de l'automne 2008 des pourparlers entre le gouvernement soudanais et la rébellion conduite par le Mouvement pour la justice et l'égalité (MJE) et l'Armée de libération du Soudan (ALS).
Enfin, s'il défend le mouvement Hamas lors de l'intervention israélienne à Gaza en décembre 2008 (que soutiennent également la Syrie et l'Iran, avec lesquels il entretient de bonnes relations), le Qatar maintient des contacts avec Israël et plaide, sans succès cependant, pour un aplanissement des différends entre États arabes sur le conflit israélo-palestinien à l'occasion du sommet de la Ligue arabe réuni à Doha en mars 2009.

2.2. Le soutien aux « révolutions arabes »

Le Qatar est en première ligne parmi les pays arabes qui apportent leur soutien aux nouveaux régimes instaurés en Tunisie, en Libye et en Égypte dans le sillage des « printemps arabes », tandis qu’il appuie la rébellion syrienne.
Fort de sa puissance financière, il resserre ses liens économiques avec Tunis, où la présence de l’émir est particulièrement remarquée en janvier 2012 lors du premier anniversaire de la « révolution tunisienne », mais dont l’influence supposée est également contestée par certains opposants. Plusieurs accords de coopération sont signés par les deux pays à cette occasion.
L’émirat contribue activement à l’intervention internationale en Libye contre le régime de Muammar Kadhafi en mars-octobre 2011, avant d’être accusé toutefois d’y jouer un rôle assez trouble en soutenant, depuis la chute de ce dernier, les franges islamistes les plus radicales.
Il adopte également une position ouvertement hostile au régime de Bachar al-Asad et fournirait – avec l’Arabie saoudite – des armes aux mouvements insurrectionnels syriens, comme il l’avait déjà fait au profit des rebelles libyens : un appui qui profiterait aux groupes les plus radicaux comme le Front al-Nosra fondé par des djihadistes venus d’Iraq. Le Qatar ne reconnaît cependant qu’un soutien aux représentants « modérés » de la rébellion en Syrie. C’est notamment sous sa pression que l’opposition syrienne, invitée à surmonter ses divisions, parvient à créer une nouvelle Coalition nationale en novembre 2012 à l'issue d'une réunion organisée à Doha.
En Égypte, l'émirat devient le principal allié des Frères musulmans qui accèdent au pouvoir en 2012. Ses investissements augmentent fortement tandis que l’émir est reçu en août par le président nouvellement élu Mohamed Morsi. Aussi est-ce avec embarras que le Qatar accueille la destitution du chef de l’État en juillet 2013, alors que l’Arabie saoudite, le Koweït et les Émirats arabes unis apportent leur appui politique et financier au nouveau gouvernement égyptien d’Abdel Fattah al-Sissi. Les relations entre Doha – où se réfugient des Frères musulmans désormais pourchassés –, et Le Caire ne tardent pas à se détériorer. La chaîne Al Jazeera, accusée de partialité, est également inquiétée.

2.3. Un activisme de plus en plus critiqué

Le 25 juin 2013, inaugurant une transition en douceur – les élections annoncées pour 2013 ayant été de nouveau reportées – l’émir Hamad abdique en faveur de son fils, le jeune prince héritier (âgé de 33 ans), Tamim ibn Hamad al-Thani. Le Premier ministre (depuis 2007) et ministre des Affaires étrangères (depuis 1992), Hamad ibn Jassim ibn Jabr al-Thani, est alors remplacé par Abdullah ibn Nasser ibn Khalifa al-Thani qui conserve également la direction du ministère de l’Intérieur. Khaled ibn Mohamed al-Attiyah est chargé des Affaires étrangères.
Une politique extérieure plus consensuelle semble alors se dessiner. Accusé d’avoir abandonné sa neutralité par son soutien aux Frères musulmans et groupes islamistes liés à ces derniers, le Qatar est ouvertement critiqué par ses partenaires du Conseil de coopération du Golfe (CCG), au premier rang desquels l’Arabie saoudite. En mars 2014, cette dernière, ainsi que les Émirats arabes unis et Bahreïn, rappellent leurs ambassadeurs ; une crise qui n’est aplanie qu’en novembre, juste avant la réunion du CCG organisée par Doha en décembre. Ce 35e sommet se clôt par plusieurs déclarations d’intention pour faire face à l’environnement régional très instable, notamment en Syrie et en Iraq avec la montée de l’« État islamique ». Les six États membres condamnent toute forme de terrorisme et d’extrémisme, s’engageant officiellement à assécher leurs sources de financement. La création d’une structure militaire commune est également annoncée.
Le CCG apporte également son soutien au nouveau pouvoir égyptien. Ainsi, sous la pression et avec la médiation de l’Arabie saoudite, le Qatar, après avoir expulsé des dirigeants de la confrérie, renoue le dialogue avec le Caire.

La Turquie

Drapeau de la Turquie 
La Turquie 
 Capitale: AnkaraTurquie
Nom officiel: République de Turquie
Population: 80 619 392 habitants (est. 2014) (rang dans le monde: 17)
Superficie: 780 580 km. car.
Système politique: république; démocratie parlementaire
Capitale: Ankara
Monnaie: lire turque
PIB (per capita):
15 300$ US (est. 2013)
Langues: turc (langue officielle), kurde, dimli, azéri; une quarantaine de langues au total

Religions: musulmans 99,8% (majoritairement sunnites), autres 0,2% (surtout chrétiens et juifs)

PRÉSENTATION GÉNÉRALE DE LA TURQUIE


Excepté dans sa partie européenne (moins du trentième de la superficie totale), la Turquie est un pays de hautes terres. Les chaînes Pontiques, au N., le Taurus, au S., enserrent le lourd plateau anatolien, qui s'élève par gradins au-dessus de la mer Égée et cède la place, vers l'est, au massif arménien, socle affecté par le volcanisme (mont Ararat). En dehors du littoral, souvent méditerranéen, le climat est caractérisé par des hivers rudes et des étés chauds et, la plupart du temps, secs. Ces traits se répercutent sur l'hydrographie (lacs salés, fréquent endoréisme), la végétation (souvent steppique), la population (groupée surtout près du littoral, en particulier sur le pourtour de la mer de Marmara) et l'économie. La population, en quasi-totalité islamisée, comportant une importante minorité kurde, est en majeure partie urbanisée.
Le pays, encore largement rural, produit des céréales (orge et, surtout, blé), du tabac, des fruits et du coton, qui assurent l'essentiel des exportations avec les produits d'un élevage surtout ovin très développé (fabrication de tapis). Les ressources du sous-sol sont variées, mais peu abondantes (sauf le chrome) ou insuffisamment exploitées. L’industrie se développe dans les agglomérations (textile, alimentation, métallurgie, chimie), tout en restant limitée. Le déficit de la balance commerciale n'est pas comblé par les revenus du tourisme et les envois des travailleurs émigrés (notamment en Allemagne). Mais le pays, engagé sur la voie des réformes, connaît une certaine croissance.

Impressions de Turquie



La Turquie a toujours exercé une certaine fascination sur les esprits. Cela se comprend. Le pays des sultans, des harems et du grand Ataturk, qui a modernisé le pays au début du 20ième siècle, possède sur son territoire des monuments historiques et des sites naturels susceptibles de combler le plus blasé des voyageurs. En prime, les Turcs constituent un peuple chaleureux et hospitalier et, ce qui ne gâte rien, la cuisine du pays, assez variée, est excellente.

Ce pays, à cheval entre l'Orient et l'Occident, porte les traces d’une véritable mosaïque de civilisations. On y trouve des vestiges superbes des Grecs, des Romains et surtout des Ottomans qui y ont établi les bases de leur vaste empire durant plusieurs siècles.

La majorité de la population de la Turquie réside dans la partie ouest du pays, dont il est surtout question ici. Troie, Pergame ou Éphèse, ou encore les spectaculaires falaises de Pamukkale qui se doublent d'un site archéologique important, en sont des joyaux incontournables.

Istanbul, la métropole, est une ville magnifique qui mérite qu'on s'y attarde plusieurs jours. Sa visite réserve plein de surprises agréables : le génial Grand Bazar, le féerique palais Topkapi, l’imposante Sainte-Sophie, la délicate Mosquée Bleue, la grandiose mosquée Suleyman le Magnifique, et d’autres encore. Une promenade en bateau sur le Bosphore constitue un moment fort de la visite de la ville.

Istanbul - Palais Topkapi




À  partir de la Turquie, il est relativement facile de prolonger son voyage vers la Grèce ou la Syrie, deux autres destinations dignes du plus haut intérêt.

Liens utiles

  • Cartes du pays:
University of Texas Libraries: site très complet pour des cartes variées d'un pays et de ses composantes.
  • Données socio-économiques:
CIA World Factbook: une mine de données, tenues à jour, concernant l'histoire, la géographie, la population, l'organisation administrative et politique, l'économie, les communications, les transports, etc. (en anglais). Les données publiées plus haut proviennent surtout de ce site.
L'aménagement linguistique dans le monde: un tour d'horizon complet de la situation linguistique de la Turquie, le tout mis en contexte.
OCDE: toutes les statistiques et analyses de l'OCDE sur la Turquie.
Organisation mondiale de la santé (OMS): le point sur les questions de santé en Turquie.
Perspective Monde - Turquie: outil pédagogique des grandes tendances mondiales depuis 1945, développé par l'Université de Sherbrooke


Le Turkménistan

Drapeau du Turkménistan 
Le Turkménistan 
Capitale: Achgaba
 Turkménistan
 Nom officiel: Turkménistan
Population: 5 113 040 habitants (est. 2014) (rang dans le monde: 118)
Superficie: 488 100 km. car.
Système politique: république; régime présidentiel autoritaire avec peu de pouvoirs en dehors de l'exécutif
Capitale: Achgabat
Monnaie: manat
PIB (per capita):
8 900$ US (est. 2013)
Langues
: turkmène 72%, russe 12%, ouzbek 9%, autres 7%

Religions: musulmans 89%, orthodoxes orientaux 9%, inconnu 2%

GÉOGRAPHIE


Le Turkménistan s'étend entre la Caspienne et l'Amou-Daria, au pied de la chaîne du Kopet-Dag. Près de 90 % du territoire appartiennent aux déserts et semi-déserts de la dépression aralo-caspienne (Karakoum ou « sables noirs »).
Peuplé à près de 75 % de Turkmènes de souche (minorités de Russes et d'Ouzbeks), il juxtapose élevage ovin et cultures irriguées (coton principalement). Le pétrole et le gaz naturel (réserves importantes) sont en majeure partie exportés.
En dépit de ses nombreuses richesses énergétiques, le Turkménistan, qui était l'une des républiques les plus pauvres de l'ex-U.R.S.S., connaît une transition difficile. Sa population, relativement homogène (les trois quarts des habitants étaient d'ethnie turkmène en 1995), a une espérance de vie relativement basse (67 ans) et une mortalité infantile élevée. Elle se concentre le long du grand axe de circulation S.-E./N.-O. (chemin de fer transcaspien) et sur les rives du fleuve Amou-Daria. L'agriculture, qui employait plus de 40 % de la population active en 1995, a connu un grand essor, grâce à la construction du canal du désert de Karakoum en 1954, l'un des plus longs du monde (815 km), depuis l'Amou-Daria, au sud-est, jusqu'à Kizyl-Arvat (le projet de jonction jusqu'à la mer Caspienne ayant été abandonné). Celui-ci permet au pays de figurer parmi les dix premiers producteurs mondiaux de coton, irriguant de nombreuses oasis (Mary, Tedjen), qui produisent également des fruits, des légumes et des céréales. La voie d'eau longe l'échine du Kopet-Dag, qui fait culminer le Turkménistan à 2 942 m d'altitude, à proximité de la capitale, Achgabat. Celle-ci fut créée par les Russes. Outre la production agricole, elle possède quelques industries, principalement dans les secteurs de l'équipement, de l'agroalimentaire, du textile et du cuir. L'autre grande région agricole suit le cours de l'Amou-Daria, le long de la frontière avec l'Ouzbékistan. Tchardjoou, deuxième ville du pays, est un nœud de communication et d'échanges, mais aussi un centre agricole et d'industries légères. Au nord, la région irriguée de Tachaouz, qui permet la production de coton, de riz, de fruits et de légumes, ainsi que l'élevage de moutons, est davantage tournée vers le voisin ouzbek que vers les lointaines oasis méridionales.
Les réserves énergétiques du Turkménistan en ont longtemps fait un grand producteur de pétrole et, surtout, de gaz naturel. Cependant, le manque de débouchés, les clients insolvables et le passage de l'oléoduc par la Russie gênent considérablement ses potentialités de développement. Le pétrole, extrait dans l'ouest du pays (Nebit-Dag, Tcheleken), est valorisé dans le port de Turkmenbachy (ancienne Krasnovodsk), sur la mer Caspienne. Le pays possède les quatrièmes réserves de gaz du monde. Les gisements se regroupent dans le « delta » du Mourgab (Baïram-Ali, Chatlyk).


La population turkmène, autrefois nomade, mais toujours fortement tribalisée, est musulmane. Toutefois, les pratiques chamanistes, associées au soufisme, la rendent peu perméable aux fondamentalismes voisins (iranien et afghan). Comme toutes les populations des « Républiques musulmanes » de l'ex-U.R.S.S., celle-ci connaît une forte croissance démographique, de l'ordre de 1,9 % par an, ce qui explique sa jeunesse (29 % des habitants sont âgés de moins de 15 ans). La langue turkmène est très vivace. Les minorités russe (7 %) et ouzbek (9 %) n'entravent donc pas l'unité du pays ; cependant, la population urbaine (45 %) est beaucoup plus « slavisée ».

HISTOIRE

1. La période précoloniale


Dès le iiie siècle avant notre ère, le territoire de l'actuel Turkménistan abrite Nisa, la capitale du royaume des Parthes arsacides. À partir du ve s.siècle, des tribus nomades turcophones originaires de haute Asie s'installent dans la région. Mais il faudra attendre le xie siècle pour que les Seldjoukides, dynastie turkmène issue des tribus oghouz, prennent le contrôle de cette région méridionale de l'Asie centrale. Les steppes turkmènes sont ensuite intégrées au khanat mongol de Gengis Khan puis de son fils Djaghataï (xiiie-xive siècles), au grand émirat de Tamerlan (xive-xve siècles), puis au khanat de Khiva (xvie-xixe siècles).

2. La période coloniale et soviétique

La colonisation russe progresse rapidement dans les steppes turkmènes avec l'imposition d'un protectorat au khanat de Khiva (1873). Mais l'armée tsariste se heurte à une résistance acharnée des tribus turkmènes, qui seront les derniers sujets intégrés à l'empire. L'instauration du régime soviétique à la suite de la révolution russe de 1917 rencontre à nouveau l'opposition des Turkmènes, dont une partie préfère rejoindre l'Afghanistan ou l'Iran plutôt que de se soumettre à la politique de sédentarisation et de collectivisation des terres et du cheptel. Dans la nouvelle classification des peuples, les Turkmènes sont promus au rang de nationalité constitutive de l'URSS et reçoivent en 1924 un territoire national, la République socialiste soviétique (RSS) du Turkménistan, avec Achkhabad pour capitale. Islamisés tardivement, les Turkmènes garderont leur structure tribale malgré les bouleversements sociaux imposés par le régime communiste. Dans les steppes désertiques du Turkménistan, la période soviétique est surtout caractérisée par l'intensification de l'agriculture irriguée. La construction du canal du désert de Karakoum, lancée en 1954, permet de dévier près de 20 % du débit de l'Amou-Daria et d'irriguer des cultures de coton. L'exploitation des hydrocarbures reste à cette époque limitée. La période de la perestroïka permet la fondation, en 1989, d'un mouvement politique démocratique mené par des intellectuels locaux, Agzybirlik (« Unité »). Mais Saparmourad Ataïevitch Niazov, nommé en 1985 premier secrétaire du parti communiste turkmène, l'interdit dès février 1990, et se fait élire président en août de la même année.

3. Le Turkménistan indépendant


Le Turkménistan accède à l'indépendance en octobre 1991 et adopte une nouvelle Constitution en mai 1992. Les élections présidentielles de juin reconduisent S. Niazov, candidat unique, avec 99,5 % des voix.

3.1. Un régime autocratique très opaque

Le dirigeant instaure dès lors un régime despotique marqué par le culte de sa personnalité. Niazov s'autoproclame Turkmenbachi (« Père des Turkmènes ») et président à vie en 1999. Il publie le Ruhnama (« Livre de l'âme ») dont la connaissance est exigée pour l'entrée à l'université, l'accès au fonctionnariat et dont le contenu est diffusé dans les mosquées en parallèle au Coran. En novembre 2002, une mystérieuse tentative d'attentat permet au président de mener une vague de répression et d'asseoir plus encore son régime totalitaire, où prospèrent clientélisme et corruption.
Le décès inattendu du président à vie en décembre 2006 ouvre l'espoir d'un changement politique. Son remplacement par le vice-Premier ministre Gourbangouly Berdymoukhammedov, élu président le 11 février 2007 avec 89 % des voix, semble promettre quelques avancées (réforme de la Constitution pour introduire le multipartisme, suppression du Ruhnama) qui restent loin toutefois des standards démocratiques, l’absence de séparation des pouvoirs n’étant pas remise en cause. Les promesses du président, réélu en février 2012 avec plus de 97 % des suffrages, sont largement oubliées. Aucun des candidats aux premières élections législatives « pluralistes » de décembre 2013, avalisées par la CEI et observées pour la première fois par l’OSCE, ne se démarque des positions officielles, tandis que le parti présidentiel remporte 47 des 125 sièges de l’Assemblée. L'élection de 14 députés parti des industriels et entrepreneurs – dont la création a été encouragée par le chef de l’État et qui est réputé proche du pouvoir – et de représentants de la « société civile » – dont 33 sièges pour les syndicats et 16 pour l’Union des femmes, donnent à cette ouverture un caractère très formel voire de pure mascarade.

3.2. Une politique extérieure fondée sur la neutralité…

En termes de politique étrangère, le Turkménistan a très tôt fait le choix de la neutralité permanente (adoptée par les Nations unies en décembre 1995). Après avoir signé le traité instituant la Communauté des États indépendants (CEI) en 1991, il décide ne n’être plus que membre associé en 2005. Il ne rompt toutefois pas avec cette organisation mais privilégie les relations bilatérales et ne participe à aucune initiative régionale d’intégration renforcée telles que l’Organisation de coopération de Shanghaï (OCS, 2001), la Communauté eurasiatique (Eurasec ou CEEA, 2001), l’Organisation du Traité de Sécurité Collective (OTSC, 2003), ou encore la zone de libre-échange de la CEI (2011).

3.3. … et dictée par les intérêts gaziers

Cette politique est largement dictée par les intérêts économiques du pays, nouvel acteur dans la « guerre des pipelines ». Recelant les quatrièmes réserves mondiales de gaz naturel, le Turkménistan accélère les prospections et rejoint le peloton des dix principaux exportateurs mondiaux de gaz. Son développement reste cependant compromis par l'insuffisance des investissements et l'enclavement du pays entre un Iran alors banni de la communauté internationale et une Russie ayant le monopole des routes d'évacuation des hydrocarbures.
Le Turkménistan cherche ainsi, non sans certaines tensions, à se dégager de l’emprise de la Russie qui reste cependant un partenaire incontournable, en diversifiant ses relations commerciales et les voies d’acheminement de son gaz.
Il resserre ses liens avec la Turquie, l’Iran et surtout la Chine, avec laquelle les échanges deviennent prépondérants. Plusieurs accords sont ainsi signés à partir de 2006  : de la construction d’un premier pipeline de 7 000 km (inauguré en 2010) au financement chinois du gisement de gaz naturel Galkynych, le deuxième au monde, décidé en septembre 2013. En direction de l’Asie du Sud, le projet de gazoduc TAPI (reliant sur 1 7000 kilomètres les champs gaziers du Turkménistan à l’Inde, via l’Afghanistan et le Pakistan) voit le aussi le jour en décembre.
Courtisé par les pays occidentaux, il négocie enfin pour assurer l’acheminement de son gaz vers l’Union européenne via la Turquie. Mais le différend sur le statut juridique de la mer Caspienne et l’absence d’accord entre tous les États riverains, une condition exigée notamment par la Russie et l’Iran, sont à l'origine du blocage du projet de gazoduc transcaspien entre le Turkménistan et l’Azerbaïdjan dont les intérêts concurrentiels et les litiges sur la délimitation de leurs zones d’extraction respectives restent en outre pendants. Souhaité par l’Europe qui voudrait toujours assurer la sécurité de son approvisionnement par le corridor gazier sud-européen, le projet est relancé fin 2013 mais reste en suspens.

La Tunisie

Drapeau de la Tunisie 
La Tunisie
 Capitale: Tunis
 Tunisie
 Nom officiel: République tunisienne
Population: 10 937 521 habitants (est. 2014) (rang dans le monde: 79)
Superficie: 163 610 km. car.
Système politique: république
Capitale: Tunis
Monnaie: dinar tunisien
PIB (per capita):
9 900$ US (est. 2013)
Langue
s: arabe (langue officielle et une des langues des affaires), français (langue des affaires)
, berbère
Religions: musulmans 99%, autres 1%

PRÉSENTATION GÉNÉRALE DE LA TUNISIE


À la partie septentrionale, assez bien arrosée, essentiellement montagneuse, ouverte par la vallée de la Medjerda, s'opposent le Centre et le Sud, formés de plateaux et de plaines steppiques et désertiques. La plus grande pluviosité explique la concentration des cultures (céréales, vigne, olivier) et de l'élevage bovin dans le Nord et sur le littoral, qui regroupent la majeure partie d'une population arabe et islamisée. À part Kairouan, les principales villes sont des ports (Tunis, Sfax, Sousse, Bizerte, Gabès). Le Sud est le domaine de l'élevage nomade des ovins, en dehors des oasis, qui fournissent des dattes. La pêche et l'industrie (excepté l'extraction des phosphates et du pétrole, et le textile) jouent un rôle secondaire.
Le tourisme balnéaire – gravement affecté par les troubles liés à la révolution démocratique de 2011, puis par les excès des islamistes les plus radicaux – et les envois des émigrés ne comblent pas le déficit commercial. Le chômage, déjà important, s'est accru avec la crise économique résultant de l'effervescence politique récente et avec le retour au pays de nombreux travailleurs employés en Libye.

Trinité-et-Tobago

Drapeau de Trinidad et Tobago 
Trinité-et-Tobago 
Capitale: Port-of-Spain
 Carton de situation - Trinité-et-Tobago
 Nom officiel: République de Trinité-et-Tobago
Population: 1 223 916 habitants (est. 2014) (rang dans le monde: 158)
Superficie: 5 128 km. car.
Système politique: démocratie parlementaire
Capitale: Port-of-Spain
Monnaie: dollar de Trinidad et Tobago
PIB (per capita):
20 300$ US (est. 2013)
Langues: anglais (langue officielle), diverses langues créoles, hindoustani caribéen, français, espagnol, chinois

Religions: protestants 32,1%, catholiques romains 21,6%, hindous 18,2%, musulmans 5%, autres 8,4%, non spécifié 11,1%, aucune 2,2% (est. 2011)

GÉOGRAPHIE

1. Le milieu naturel

L'État est composé de deux îles : la Trinité (4 827 km2, 96 % de la population totale et une proportion encore plus élevée de la richesse nationale) et Tobago, située à 35 km au nord-est de sa grande voisine avec des ressources très limitées, mais un potentiel touristique bien exploité.
Au plan géologique, la Trinité n'est que le prolongement du Venezuela proche ; elle émerge de son vaste plateau continental et n'en est séparée que par des bras de mer peu profonds (golfe de Paria et bouches du Serpent). Sauf au nord, où elle est constituée par une chaîne montagneuse (Northern Range) schisteuse et accidentée, quoique peu élevée (900 m d'altitude moyenne), elle a un relief de plaines alluviales, de bassins sédimentaires et de collines gréseuses et calcaires disposés en bandes orientées de l'ouest à l'est et alternées du nord au sud. Elle dispose de bons sols agricoles et surtout de gisements d'hydrocarbures dans les terrains tertiaires du sud et sur le plateau continental. Tobago, formé d'un complexe de roches intrusives et métamorphiques tertiaires, a un relief de hautes collines culminant à 572 m, à l'exception du sud-ouest, où s'étend une petite plaine sur des calcaires coralliens soulevés. Les deux îles ont un climat tropical pluvieux (souvent plus de 1,50 m d'eau par an) ; la saison sèche, de janvier à mai, n'y est marquée qu'à l'ouest ; les cyclones y sont rares. Il reste de vastes étendues de la forêt dense qui les recouvrait autrefois.

2. La complexité ethnique


Il ne reste, aujourd'hui, aucun élément de l'ancienne population amérindienne. Les Arawaks de l'île de la Trinité et les Caribs de l'île de Tobago ont été décimés par la colonisation européenne. De la période coloniale, le pays a hérité une population pluriethnique. Ainsi, 40 % des habitants sont des descendants d'esclaves africains. Après l'abolition de l'esclavage en 1834, le pouvoir colonial britannique a eu massivement recours à une main-d'œuvre sous contrat d'origine asiatique. Les Indiens arrivèrent alors par milliers jusqu'en 1917 et représentent, aujourd'hui, 41 % de la population totale. Les autres Trinidadiens sont d'origine chinoise, européenne et sud-américaine. Les villes de Port of Spain et de San Fernando constituent les principaux centres de peuplement des îles. Le christianisme est la principale religion, mais l'hindouisme ainsi que l'islam sont largement répandus. La croissance démographique est tempérée par une forte émigration en direction du Royaume-Uni, des États-Unis et du Canada.

3. Les caractéristiques économiques

La domination de l'industrie sucrière pendant la période coloniale n'est plus qu'un lointain souvenir. Le pétrole, exploité depuis la fin du xixe s. et devenu, de nos jours, le principal moteur de l'économie, a permis l'extraordinaire expansion du pays. Mais la chute des cours mondiaux dans les années 1980 a révélé la fragilité d'une économie trop dépendante de la production des hydrocarbures. L'archipel s'est donc engagé dans la voie de la diversification, notamment par le tourisme, afin d'échapper à sa trop grande sensibilité aux fluctuations internationales. Trinité-et-Tobago possède l'une des économies les plus dynamiques de la région des Antilles. Le pays a bénéficié d'une croissance soutenue depuis les début des années 2000, temporairement affaibli par la crise en 2009.
Trinité-et-Tobago possède une solide base industrielle. Bénéficiant des incitations gouvernementales et de l'investissement étranger, celle-ci repose sur la production de fer et d'acier, la pétrochimie et la cimenterie. L'archipel exporte, en outre, 20 % du méthanol mondial et se place au 1er rang mondial dans le secteur des engrais azotés.
La puissante industrie pétrolière contribue pour la moitié du produit intérieur brut (P.I.B.) et pour plus des trois quarts à la valeur des exportations. Les champs pétrolifères, principalement offshore, sont exploités par plusieurs sociétés, surtout américaines, dont l'Amoco Trinidad Oil Company, qui fournit un peu plus de la moitié de la production. Deux raffineries sont installées dans les villes de Pointe-à-Pierre et Point Fortin, dans le sud-ouest du pays. Le pétrole est exporté vers la Grande-Bretagne et l'Amérique du Nord. Les réserves sont en voie d'épuisement et de nouvelles prospections sont en cours. La Trinité possède, par ailleurs, les plus grandes réserves mondiales d'asphalte (Pitch Lake, dans le sud-ouest de la Trinité, est exploité depuis le xvie s.). L'exploitation du gaz naturel est en voie d'expansion, contribuant à soutenir l'effort industriel du pays. Un important gisement de gaz naturel a été découvert en 2000 au sud-est des côtes de Trinité par la compagnie British Petroleum.
Le secteur agricole a beaucoup souffert de l'industrialisation du pays. Il n'a cessé de régresser et ne contribue plus qu'à 1 % du P.I.B. Toutefois, il demeure une importante source d'emplois. Les principales productions destinées à l'exportation sont le café, le cacao, le coprah, les noix de coco et les agrumes. L'exploitation forestière (teck et pin) progresse. La pêche est encore loin de couvrir les besoins du marché local. Malgré l'extension de l'agriculture vivrière (riz, maïs, racines, tubercules), l'essentiel des ressources alimentaires du pays doivent être importées. L'élevage est exceptionnellement développé pour un pays tropical.
Le tourisme s'est considérablement développé, en particulier sur l'île de Tobago. L'expansion de ce secteur s'appuie sur un milieu naturel très attractif, la construction d'infrastructures hôtelières et l'amélioration des liaisons aériennes. Les visiteurs viennent surtout d'Europe et des États-Unis.

HISTOIRE

1. La colonie britannique

Découverte par Christophe Colomb (juillet 1498), la Trinité est occupée par les Espagnols (1532). Attaquée par sir Walter Raleigh (1595), par les Hollandais (1640), puis par les Français (1677, 1690), elle est conquise par les Anglais (1797) et cédée à eux par la paix d'Amiens (1802). Elle devient alors une colonie britannique, à laquelle est jointe en 1889 l'île voisine de Tobago. L'expansion de la population commence véritablement en 1783, et, à la fin du siècle, de nombreux Français venus d'Haïti s'y installent. La croissance de la population s'accélère avec la distribution des terres de la Couronne en 1871 et après la Seconde Guerre mondiale. L'île fait partie de l'éphémère Fédération des Indes-Occidentales de 1958 à 1962.

2. L’indépendance

En 1962, après la dissolution de cette Fédération (mai), les îles de la Trinité et de Tobago deviennent indépendantes au sein du Commonwealth (août).
Le People's National Movement (PNM), parti de la communauté noire, détient la majorité à la Chambre des représentants à partir de 1961. Dr Eric Williams, fondateur du PNM et considéré comme le « père de la nation », devient Premier ministre. L'opposition est constituée alors surtout par les Indiens, descendants d'une main-d'œuvre importée de l'Inde après l'abolition de l'esclavage, en 1838. La bipolarisation de la vie politique sur des clivages ethniques et la montée du chômage provoquent en 1970 des émeutes de Noirs (se réclamant du mouvement « black power » et de l’Américain d’origine trinidadienne Stokely Carmichael) et la proclamation temporaire de l'état d'urgence. Malgré la levée de ces dispositions, l'opposition boycotte les élections de 1971, et de nouveaux troubles raciaux éclatent la même année. Eric Williams les surmonte grâce à l'aide des États-Unis, qui conservent encore une base navale dans l'île, à Chaguaramas.

3. Une république fragilisée par les tensions raciales

En 1976, une Constitution républicaine est votée, la Trinité restant au sein du Commonwealth, et l'ancien gouverneur général, sir Ellis Clarke, devient président de la République. Noor Hassanali lui succède en 1987.
À la mort d'E. Williams en 1981, George Chambers prend la tête du PNM et du gouvernement. L'histoire politique de Trinité-et-Tobago est ensuite fortement liée à la conjoncture économique. Ainsi, le PNM perd le pouvoir aux élections de 1986 alors que la crise du début des années 1980 touche durement le pays. Il est battu par une coalition (pluriethnique) de partis d'opposition et de dissidents du PNM regroupés au sein de la National Alliance for Reconstruction (NAR) de Raymond Robinson. La violence politique éclate en 1990, quand un groupe d'extrémistes musulmans tente un coup d’État sur fond de crise économique aggravée. Le NAR laisse à nouveau le pouvoir au PNM conduit, cette fois-ci, par Patrick Manning qui devient Premier ministre après une victoire électorale aisée en décembre 1991. La persistance de la crise économique provoque une nouvelle alternance politique aux élections de 1995. Basdeo Panday, chef du United National Congress (UNC) issu en 1988 du NAR et représentant surtout la communauté indo-trinidadienne, devient le chef du gouvernement après avoir fait jeu égal avec le PNM et bénéficié du soutien du NAR. L'amélioration des conditions économiques, à partir de 1995, devient le principal allié du parti au pouvoir. En février 1997, R. Robinson, du NAR, devient président du pays à la suite du départ à la retraite de N. Hassanali. Basdeo Panday est reconduit à la tête du gouvernement après la victoire de son parti, l'UNC, aux législatives de décembre 2000.
De nombreuses accusations de fraude entachent cependant la légitimité du scrutin. Trinité-et-Tobago renoue avec l'instabilité politique et les tensions raciales. L'UNC se déchire et de nouvelles élections sont organisées en décembre 2001. L'UNC de B. Panday et le PNM de P. Manning font jeu égal. Loin de se résoudre, la crise politique se prolonge et s'exacerbe quand le président R. Robinson choisit de façon arbitraire P. Manning pour former le gouvernement. Une issue est trouvée après la tenue d'une nouvelle consultation électorale en octobre 2002. Le PNM s'impose définitivement, en partie grâce aux soupçons de corruption pesant sur Panday – une victoire renouvelée en 2007 avec 46 % des voix et 26 sièges. En février 2003, George Maxwell Richards remplace R. Robinson à la présidence de la République. Le gouvernement de P. Manning doit faire face à une très forte augmentation de la criminalité liée au trafic de stupéfiants : en 2004 un plan national de lutte contre la drogue est adopté pour cinq ans et le pays collabore activement avec ses voisins dans ce domaine, organisant en 2007 une nouvelle réunion sur la coopération UE-Amérique latine-Caraïbes sur les drogues.
En perte de vitesse en raison notamment de nombreux scandales politico-financiers, P. Manning et son parti sont battus aux élections du mois de mai 2010 par le Partenariat du Peuple, alliance de cinq partis d’opposition dont l’UNC, conduite par Kamla Persad-Bissessar– la première femme (d’ascendance indienne tout comme son prédécesseur à la présidence du parti B. Panday) à prendre la tête du gouvernement – qui s’engage à lutter en priorité contre la corruption et la violence mais aussi à surmonter les clivages ethniques. Entre août et décembre 2011, l’état d’urgence doit être instauré dans plusieurs zones touchées par une recrudescence de la criminalité liée au trafic de stupéfiants. Élu par le parlement après accord entre les partis, le nouveau président Anthony Carmona entre en fonctions en mars 2013.
Membre de la Communauté (et du marché commun) des Caraïbes (CARICOM) depuis 1973 et de son Marché unique (Caricom Single Market and Economy, CSME) depuis 2006, Trinité-et-Tobago est aussi l'un des États fondateurs, en 1995, de l'Association des États de la Caraïbe (AEC, dont le secrétariat général est à Port of Spain) et abrite depuis 2005 la Cour caribéenne de Justice (CCJ). En avril 2009, Port of Spain accueille Ve sommet des Amériques réunissant les chefs d'État et de gouvernement de 34 pays membres de l'Organisation des États américains (OEA).

Le Togo

Drapeau du Toge 
Le Togo
 Capitale: Lomé
 Togo
 Nom officiel: République togolaise
Population: 7 351 374 habitants (est. 2014) (rang dans le monde: 101)
Superficie: 56 785 km. car.
Système politique: république en transition vers une démocratie multipartite
Capitale: Lomé
Monnaie: franc de la communauté financière africaine
PIB (per capita):
1 100$ US  (est. 2013)
Langue
s: français (langue officielle et langue des affaires), éwé et mina (les deux langues africaines les plus importantes dans le sud du pays), kabiyé et dagomba (les deux langues africaines les plus importantes dans le nord du pays)

Religions: chrétiens 29%, musulmans 20%, croyances indigènes 51%

GÉOGRAPHIE

Pays au climat tropical, de moins en moins humide du sud (forêts) au nord (savanes), le Togo demeure essentiellement rural. Les exportations de produits agricoles (palmistes, café, cacao, coton) viennent cependant loin derrière celles des phosphates du lac Togo, seule ressource notable du sous-sol. Le manioc et le maïs constituent les bases de l'alimentation.

1. Le milieu naturel

Étiré sur 600 km du nord au sud, depuis le Burkina (11 ° de latitude nord) jusqu'au golfe de Guinée (5 ° de latitude nord), le Togo forme un étroit couloir, large seulement d'une centaine de kilomètres, entre le Ghana et le Bénin. Des plateaux et de larges plaines alluviales, de part et d'autre d'une chaîne montagneuse prenant le pays en écharpe, constituent les traits dominants du relief. La chaîne de l'Atakora correspond à des alignements quartzitiques de direction S.-O./N.-E., d'altitude moyenne (800 m). La plaine orientale coïncide avec les bassins du fleuve Mono et des deux petites rivières Haho et Sio qui se jettent dans le lac Togo, communiquant avec la lagune Anécho. Cette plaine est séparée de la zone lagunaire et littorale par le plateau de « terre de barre », sablo-argileux, entaillé par la dépression de la Lama. La plaine d'inondation de l'Oti, fermée au nord par le plateau de Dapango, appartient au bassin hydrographique de la Volta.
Le climat résulte de la confrontation entre l'alizé boréal (harmattan), flux d'air tropical continental sec et chaud, de secteur nord-est, envahissant le Togo en hiver, et l'alizé austral, humide, la mousson, de direction S.-O./N.-E., pénétrant plus ou moins profondément à l'intérieur du pays en été. On distingue deux régimes climatiques : au sud, un climat subéquatorial à quatre saisons alternées, dont une grande saison des pluies (hivernage, d'avril à juillet), et une grande saison sèche (de décembre à mars) ; au nord, un climat tropical à deux saisons très contrastées. On notera toutefois deux anomalies : la dorsale pluviométrique de l'Atakora (1 500 mm) et l'anomalie négative littorale expliquant la présence de baobabs à Lomé (800 mm).
La végétation est le reflet de la pluviométrie ; les formations forestières de type ombrophile occupent le massif de l'Atakora. Le bassin du Mono est le domaine de la savane guinéenne, alors que la plaine de l'Oti est couverte de savanes soudaniennes.

2. La population et l'économie


La population du Togo se caractérise par son dynamisme démographique, avec un taux d'accroissement naturel de 2,7 % par an, sa grande jeunesse (43 % des Togolais ont moins de 15 ans) et son inégale distribution spatiale. La densité de peuplement, moyenne à l'échelle du pays (84 habitants par km2), est particulièrement forte dans le Sud où elle dépasse 200 habitants par km2. Le Togo demeure un pays essentiellement rural. La population urbaine, qui a été multipliée par six depuis l'indépendance et concerne désormais plus d'un habitants sur trois, est surtout concentrée dans le Sud où se situe la capitale, Lomé (800 000 habitants), à la frontière avec le Ghana et dont le port autonome est assez actif et accueille une zone franche industrielle. Nord et Sud s'opposent également par l'origine des peuples : groupe Kwa, dans lequel prédominent les Éwés, dans le Sud, plus christianisé ; groupe Gour, dominé par les Kabyès, dans le Centre et le Nord.
L'extension en latitude du pays autorise une assez grande variété de productions rurales, l'agriculture employant plus des deux tiers des actifs. Les cultures vivrières (manioc, maïs, mil, arachide, fruits) et l'élevage ovin, essentiellement tournés vers la satisfaction des besoins intérieurs, alimentent un commerce actif. Si l'industrie est quasi inexistante, l'artisanat – le secteur informel – est très développé, notamment dans les agglomérations. Les principaux produits d'exportation sont les phosphates du lac Togo, seule ressource notable du sous-sol, et les cultures commerciales (café, coton, cacao, palmistes). L'élevage bovin et la pêche demeurent modestes. La balance commerciale est structurellement déficitaire et ne tient pas compte des intenses échanges transfrontaliers facilités par l'existence d'un réseau de transport (routes et voies ferrées) relativement dense.
L'économie du Togo a été mise à mal par la grave crise politique des années 1990 à 1993. Le pays, très endetté, privé de l'aide internationale depuis ces troubles, connaît une situation très précaire. La production de phosphates s'est effondrée de moitié, les échanges ont fortement ralenti, des habitants du Sud ont fui la répression, abandonnant leurs activités, et les finances publiques se sont totalement dégradées. Le maintien d'un appareil d'État plus qu'autoritaire n'est pas favorable à un véritable développement économique.

HISTOIRE

1. Des contacts anciens avec les Européens

Le Togo a eu, jusqu'au partage colonial, une histoire difficile à distinguer de celle de ses voisins. Aucun royaume comparable à l'Ashanti ou au Dahomey (actuel Bénin) n'a imposé sa marque sur le pays. Sur un fonds autochtone, Dapangos, Bassaris et Tambermas du Nord, Kabyès et Akpossos du moyen Togo se sont entrecroisées des migrations : Éwés et Yorubas du sud du Dahomey, Baribas de Kouandé, Tyokossis de Côte d'Ivoire, Fantis et Gouins du Ghana, Kotokolis de Haute-Volta, qui, selon les cas, sont restés autonomes ou se sont fondus aux autochtones (Bassaris).
L'histoire des Éwés, partis de Kétou, est la mieux connue, notamment la diaspora qui, à la fin du xviie siècle, les a vus se répandre dans tout le sud du pays et au sud-est du Ghana. La période contemporaine (à partir de 1923) a aussi vu une émigration kabré et losso vers le sud.
La côte togolaise, comme l'ensemble du littoral du golfe de Guinée, est visitée à la fin du xve siècle par les Portugais, puis par les Danois. Les missionnaires portugais apparaissent au xvie siècle, mais un protectorat de fait est exercé par les Danois.
Le commerce des esclaves prospère de bonne heure, les plaines du bas Togo et à un degré moindre du moyen Togo fournissant un vaste réservoir d'hommes à la traite occidentale, dans laquelle se compromettent de nombreux notables. En 1800, le « Brésilien » (nom donné aux anciens esclaves libérés d'Amérique du Sud) Francisco de Souza s'installe à Anécho et pratique la traite, « bois d'ébène » compris.
Mais le commerce européen de l'huile de palme, succédant à celui des esclaves, ne s'implante véritablement que dans la seconde moitié du xixe siècle. Les premiers comptoirs européens (français, allemands et anglais) se créent vers 1870.

2. La conquête allemande et le partage franco-anglais

En juillet 1884, l'explorateur allemand Nachtigal débarque près d'Anécho ; il signe des traités de protectorat avec les chefs de Lomé, d'Anécho et de Porto Seguro. C'est lui qui nomme le pays « Togo », d'après un petit village de la côte.
Dès 1885, les Allemands se heurtent à la France. La conférence de Berlin accorde le champ libre à l'Allemagne, et en 1885 et 1886 sont signées des conventions respectivement avec les Français et les Anglais, laissant aux Allemands le libre accès vers le Niger.
La rivalité avec la France prend fin en 1897 avec le traité de Paris qui fixe la frontière avec le Dahomey. Avec la Grande-Bretagne, le sort d'une zone neutre au niveau du moyen Togo demeure en suspens jusqu'au traité des Samoa en 1899. La capitale s'installe à Lomé en 1897 et des postes sont créés à l'intérieur : Sansanné-Mango en 1896, Atakpamé et Sokodé en 1898.
La « pacification » totale sera difficile, notamment dans le Nord (insurrection de 1897-1898 en pays konkomba). Le développement économique démarre vite, notamment sous l'impulsion du gouverneur-comte Zech : peu de plantations, mais prospection du sous-sol, introduction de la culture du cacaoyer, du coton, du teck, création d'un wharf à Lomé, construction de trois lignes de chemin de fer, exportation d'huile de palme et de palmistes, importation de cotonnades. Toutefois, le Nord n'est pas compris dans ce vaste plan de mise en valeur.
Dès août 1914, le Togo, qui n'est défendu que par une police indigène, est le siège d'opérations militaires menées par les Alliés et suivies d'une reddition sans conditions le 26 août. Français et Anglais se partagent le pays. La convention du 10 juillet 1919 donne à la France les deux tiers du pays, l'entier front de mer et Lomé, tandis que la Grande-Bretagne obtient les riches terres de l'Ouest. En 1922, des mandats de la Société des Nations (SDN) sont attribués aux deux pays.
Le Togo français connaît d'abord l'administration directe du ministère des Colonies, jusqu'en 1934, puis une sorte d'union personnelle avec le Dahomey (gouverneur et chefs de service communs), et, enfin, en 1936, l'intégration officielle dans l'Afrique-Occidentale française (A-OF).

3. Vers l'indépendance

Le 13 décembre 1946 est mis en place le régime de tutelle des Nations unies, suivant l'article 73 de la charte de San Francisco, prévoyant l'évolution progressive de la population vers la possibilité de s'administrer elle-même. Un conseil de tutelle assure le contrôle de l'administration française, cependant que le Togo fait partie intégrante de l'Union française.
La vie politique est alors marquée par la création de partis, Comité d'unité togolaise (CUT), animé par Sylvanus Olympio, parti togolais du Progrès (PTP) de Nicolas Grunitzky, Union des chefs et des populations du Nord (UCPN), et par le problème des Éwés, dont le territoire est coupé en deux par la frontière avec la Gold Coast (aujourd'hui Ghana).
Un mouvement animé depuis la Gold Coast (All Ewe Conference) réclame l'unification du pays éwé sous tutelle britannique. À la suite d'un mémorandum franco-britannique adressé aux Nations unies, celles-ci créent une commission permanente pour les affaires togolaises, qui ne parvient pas à une solution, les Éwés ne constituant qu'une minorité dans les deux pays.
En 1951, c'est N. Grunitzky qui triomphe aux élections. Dès 1955 est institué un conseil de gouvernement. Le 9 mai 1956, à la suite d'un plébiscite, les territoires du nord du Togo britannique votent massivement le rattachement au Ghana, réglant ainsi définitivement la question éwée.
La République autonome du Togo est proclamée le 30 août et N. Grunitzky devient Premier ministre. Peu à peu, les pouvoirs passent entre les mains des Togolais. Le 27 avril 1958 ont lieu des élections contrôlées par l'ONU, qui voient l'effondrement du PTP. À son tour, S. Olympio devient Premier ministre et l'indépendance est proclamée le 27 avril 1960.

4. De l'autocratie à la dictature

4.1. Sylvanus Olympio : la politique d'isolement

Sylvanus Olympio voit sa position renforcée par le triomphe des listes de son parti aux élections du 9 avril 1961. Il mène dès lors, grâce à une Constitution de type présidentiel, une politique personnelle, jugulant toute forme d'opposition, instaurant un régime d'austérité financière, isolant le pays à l'extérieur par une politique de non-alignement sur les groupes de Brazzaville ou de Casablanca. Le mécontentement gagne le pays, notamment le Nord, dont les populations se sentent brimées par la place occupée par le Sud, mais aussi par les planteurs de cacaoyers, l'élite chrétienne et la jeunesse urbanisée.
Dans ce contexte, le 13 janvier 1963, un groupe d'anciens tirailleurs de l'armée coloniale française mené par le sergent-chef Gnassingbé Eyadéma, assassine Sylvanus Olympio. Un comité insurrectionnel militaire prend le pouvoir et fait appel à N. Grunitzky et à Antoine Méatchi, leader de l'UCPN. Le 5 mai de la même année, des élections ont lieu, tandis que la nouvelle Constitution recueille la majorité des suffrages.

4.2. Gnassingbé Eyadéma et la domination des « nordistes »

La politique d'isolement prend fin. Le Togo entre à l'Organisation commune africaine et mauricienne (OCAM), puis, en 1966, au Conseil de l'Entente. N. Grunitzky pratique une politique libérale, tolérant l'existence d'autres partis à côté du sien, l'Union démocratique des populations du Togo (UDPT).
Une tentative de coup d'État échoue en novembre 1966, mais, le 13 janvier 1967, le lieutenant-colonel Gnassingbé Eyadéma s'empare du pouvoir et suspend la Constitution ; il s'impose dès le 14 avril et devient président de la République. Un nouveau gouvernement est formé, les quatre partis politiques supprimés et priorité donnée au développement économique, profitant, au départ, de la construction par l'Allemagne fédérale du nouveau port de Lomé, inauguré en avril 1968.
Pour évincer les partisans de ses prédécesseurs – S. Olympio et N. Grunitzky – Gnassingbé Eyadéma fait approuver (1969) par les chefs coutumiers la création d'un parti unique, le Rassemblement du peuple togolais (RPT), qui devient l'institution fondamentale de l'État et dont il est élu président.
Consultés par voie de référendum, les électeurs togolais se prononcent le 9 janvier 1972 en faveur du président Eyadéma. Ses compatriotes originaires du nord du pays, comme lui-même, sont majoritaires à la direction du pays. En décembre 1979, une nouvelle Constitution est approuvée par référendum et le général Eyadéma devient le premier président de la IIIe République togolaise. Il est réélu en 1986, pour un nouveau mandat de sept ans.

5. De l'espoir à la tragédie

Comme par le passé, il s'agit d'une parodie d'élections, le « guide suprême » recueillant 100 % des suffrages d'un électorat gonflé de 300 000 voix par rapport aux estimations les plus sérieuses des démographes… Malgré tout, le régime s'adoucit sensiblement et, à partir de 1990, l'exemple du Bénin voisin, premier pays francophone à engager des réformes démocratiques, pousse le général-président Eyadéma à quelques concessions.
Sa proposition de procéder à la séparation de l'État et du parti unique n'apaise pas les tensions, les manifestations d'octobre sont les plus violentes de l'histoire du Togo depuis l'indépendance. Devant la pression de l'opposition politique et la persistance des émeutes, il n'hésite pas à faire réprimer durement les manifestations dans la capitale mais, en juillet-août 1991, finit par accepter la tenue d'une conférence nationale, ouverte largement aux représentants de la « société civile ». Celle-ci impose la constitution d'un gouvernement dirigé par Joseph Kokou Koffigoh, le président de la toute jeune Ligue togolaise des droits de l'homme.
Le 27 septembre 1992, la Constitution de la IVe République est adoptée, par référendum, à une écrasante majorité. G. Eyadéma semble n'avoir conservé qu'un rôle honorifique. En réalité, il s'appuie sur l'armée, dont les officiers sont « nordistes » et qui lui est totalement dévouée. Pilier du régime, l'armée lui sert à intimider la population et les dirigeants de l'opposition, y compris par l'assassinat, à encadrer des bandes de jeunes désœuvrés, à susciter des « affrontements interethniques » ; elle se soulève ou se mutine « spontanément » lorsqu'une décision du gouvernement ne plaît pas au président. J. Koffigoh se rapproche peu à peu de la mouvance présidentielle. Fin 1992, une grève générale est lancée et va se prolonger pendant plusieurs mois. Fin janvier 1993, une manifestation tourne à l'émeute. Le lycée français est parmi les cibles visées. Le 25 mars, le camp militaire dans lequel se trouve la résidence d'Eyadéma est attaqué. La répression pousse près de 300 000 Loméens à fuir au Ghana et au Bénin.
L'Allemagne et la France tentent de favoriser une « table ronde inter-togolaise » qui se réunit à Strasbourg, mais échoue, du fait surtout de l'intransigeance du président.

6. L'accord de Ouagadougou (juillet 1993)

Les négociations menées sous l'égide du président burkinabé Blaise Compaoré aboutissent à un accord, signé le 11 juillet 1993 à Ouagadougou. Cet accord prévoit notamment des élections présidentielles immédiates, sous supervision internationale, le 24 août suivant. L'opposition appelle au boycott, alors qu'elle aurait pu vraisemblablement les remporter. La présence d'observateurs – dont l'ex-président des États-Unis, Jimmy Carter, qui se retire pour protester contre certaines manipulations – permet d'éviter un trucage majeur : certes, Gnassingbé Eyadéma est réélu avec 96 % des voix, comme au temps du parti unique, mais il recueille moins de 700 000 voix sur 2 millions d'inscrits. L'abstention est massive dans le Sud, dépassant 95 % en région maritime et 85 % à Lomé…
L'Union européenne (à l'exception de la France) sanctionne le pouvoir togolais en suspendant ses subventions, ce qui aggrave davantage la situation économique et sociale du pays.

7. L'échec de la transition démocratique (1994-2005)

Les élections législatives de février 1994 confirment l'affaiblissement du parti présidentiel, le RPT, qui n'obtient pas la majorité. Mais le président parvient à diviser l'opposition en nommant Premier ministre Edem Kodjo, chef d'un petit parti, au détriment l'avocat Yawovi Agboyibo, leader du Comité d'action pour le renouveau (CAR), le parti vainqueur.
Grâce à des législatives partielles organisées en août 1996, le RPT devient majoritaire à l'Assemblée. Un technocrate apprécié des institutions financières internationales, Kwassi Klutse, est nommé chef du gouvernement. En juin 1998, la réélection à la présidence de la République, avec plus de 52 % des voix, du général Eyadéma face à Gilchrist Olympio, fils de l'ancien président assassiné, est fortement contestée, tant par l'opposition que par les représentants de l'Union européenne ; le général avait fait retirer manu militari le contrôle du dépouillement à la commission électorale pour le confier à son ministre de l'Intérieur.
À la faveur des élections législatives de 1999, boycottées par les principaux partis de l'opposition, le président retrouve ses pleins pouvoirs, 79 des 81 sièges de l'Assemblée revenant au RPT. En juillet, un accord-cadre, destiné à rétablir un climat de confiance et à mettre progressivement en place une démocratie transparente et un État de droit, est signé par l'ensemble des partis togolais, y compris par l'Union des forces du changement (UFC) de Gilchrist Olympio, exilé depuis 1992 au Ghana puis en France. De son côté, le général-président Eyadéma s'engage à ne pas briguer un troisième mandat et à dissoudre l'Assemblée.
Les élections législatives, initialement prévues pour octobre 2000 et dont le bon déroulement conditionne la reprise de la coopération avec l'Union européenne, sont retardées. En février 2001, une commission d'enquête internationale, saisie par l'ONU et l'OUA, confirme les accusations publiées en 1999 par Amnesty International qui dénonçaient de graves violations des droits de l'homme – et notamment des centaines d'assassinats d'opposants perpétrés avant et après la campagne présidentielle de 1998. En août, l'annonce de la condamnation à six mois de prison ferme de Yawovi Agboyibo jette l'opposition dans la rue.
De nouvelles dispositions sont introduites en 2002 dans le code électoral : désormais, tout candidat à l'élection présidentielle doit jouir de la nationalité togolaise à titre exclusif et avoir résidé à l'intérieur du pays pendant les douze mois précédant l'élection.
Mais, usé et appauvri, le régime commence à se lézarder : en juin, le Premier ministre Agbéyomé Kodjo, un successeur potentiel du chef de l'État, entré en dissidence avec le RPT, fuit le pays et rejoint l'opposition après avoir été limogé. Les élections législatives d'octobre, à nouveau boycottées par l'opposition, procurent une confortable majorité au RPT, qui amende la Constitution (30 décembre 2002) et permet au général-président d'être éligible indéfiniment. Ce dernier est réélu le 1er juin 2003, avec 57,22 % des voix devant Emmanuel Bob Akitani (34,14 %), candidat soutenu par l'UFC, dont le président, Gilchrist Olympio, a été écarté du scrutin faute d'avoir pu présenté un acte de domiciliation et un quitus fiscal. L'opposition dénonce des fraudes massives.
Conformément ses engagements pris en avril 2004 pour la reprise de la coopération avec l'Union européenne, le gouvernement entame en juin avec l'opposition les premières consultations d'un dialogue interrompu depuis plusieurs années.

8. De père en fils

Le 5 février 2005, le général-président Gnassingbé Eyadéma meurt alors qu'il est évacué pour recevoir des soins. Selon la Constitution, il revient au président de l'Assemblée nationale d'assurer l'intérim avant l'organisation d'une élection présidentielle dans un délai de soixante jours. Mais l'armée, empêchant le retour de celui-ci alors au Bénin en bouclant toutes les frontières du pays, installe au pouvoir Faure Gnassingbé, le fils du président défunt qui en avait fait son dauphin désigné en le faisant nommer, en juillet 2003, ministre des Mines, de l'Équipement et des Télécommunications, un poste stratégique pour maintenir les ressources financières du clan.
Faure Gnassingbé est prestement élu à la tête de l'Assemblée nationale par les députés qui procèdent simultanément à une réforme expéditive de la Constitution, faisant en sorte que le nouveau président de la République exerce ses fonctions jusqu'au terme du mandat de son prédécesseur, soit jusqu'en juin 2008. Outre la population et l'opposition togolaises – l'UFC de Jean-Pierre Fabre, le Comité d'action pour le renouveau (CAR) de Yawovi Agboyibo – la communauté internationale réagit unanimement à cette scandaleuse succession. L'Union africaine, en la personne du président nigérian Olusegun Obasanjo, dénonce un « coup d'État militaire ». La CEDEAO adopte une série de sanctions exceptionnelles (exclusion du Togo de l'organisation, rappel des ambassadeurs à Lomé, etc.), les États-Unis, l'ONU et l'Union européenne exigent le retour à la légalité constitutionnelle.
Faure Gnassingbé, cédant à la pression internationale, démissionne le 25 février de la présidence de l'Assemblée nationale (à laquelle est élu, Abass Bonfoh, son premier vice-président) et annonce qu'il se porte candidat pour le compte du RPT à l'élection présidentielle du 24 avril prochain. L'opposition, regroupée au sein d'une coalition, entend saisir une chance historique de changement politique et désigne après de laborieuses tractations Emmanuel Bob Akitani comme son candidat unique. Le scrutin se déroule dans le calme, à l'exception d'incidents survenus lors du dépouillement.
À l'annonce de résultats provisoires accordant la victoire à Faure Gnassingbé, des scènes de violence éclatent dans les rues de Lomé et dans plusieurs villes de province, où de jeunes partisans de l'opposition affrontent l'armée et dénoncent une mascarade menée avec la complicité de la CEDEAO et de la communauté internationale (notamment celle de la France). 
L'ordre est rapidement rétabli : selon un bilan publié par les Nations unies en septembre, les violences, dont la responsabilité principale est attribuée au régime, auraient fait, de février à juin 2005, entre 400 et 500 morts et des milliers de blessés dans les deux camps. Par ailleurs, plus de 32 000 Togolais ont fuit au Bénin et au Ghana.
Le 3 mai, la Cour constitutionnelle, rejetant les recours déposés par l'opposition pour le vote de centaines de milliers d'électeurs fantômes, confirme l'élection de Faure Gnassingbé avec 61,1 % des suffrages contre E. B. Akitani crédité de 38,2 % des voix. Edem Kodjo, ancien Premier ministre du général président (1994-1996) passé à une opposition modérée est nommé Premier ministre. Le nouveau gouvernement comprend quelques ministres de l'opposition, à l'exclusion des grands partis de l'opposition dite radicale, qui refusent d'y participer.

9. L'accord de Lomé (20 août 2006) et la présidence de Faure Gnassingbé

Le jeune Faure Gnassingbé, imposé par les généraux puis élu lors d'un scrutin contesté marqué par les violences, s'efforce de gérer le lourd héritage familial.
En rupture avec la politique menée par son père, il abolit la peine de mort, instaure la gratuité de l'école primaire et tente de pacifier le pays en libéralisant notamment les médias, en supprimant la célébration du coup d'État du 13 janvier 2003 au cours duquel fut assassiné, probablement par son père, le président Sylvanus Olympio et en instaurant une Commission « Vérité, justice et réconciliation ».
Des pourparlers intertogolais, entamés en juillet 2006, aboutissent à la signature d'un accord politique global entre le gouvernement, les partis politiques et les représentants de la société civile. L'accord de Lomé du 20 août 2006 prévoit la formation d'un gouvernement d'union nationale, l'organisation d'élections législatives et la normalisation de la coopération entre le Togo et l'Union européenne. Nommé Premier ministre, l'avocat et opposant historique Y. Agboyibo (leader du CAR) forme un gouvernement d'union nationale, auquel refuse de participer l'UFC.
Les élections législatives d'octobre 2007 sont remportées par le RPT qui obtient la majorité absolue au Parlement (50 sièges sur 81), mais l'UFC et le CAR, avec respectivement 27 et 4 sièges, contestent les résultats et boycottent le gouvernement d'union nationale. Dans ce climat politique tendu – arrestation en avril 2009 des deux frères du président, dont l'un, Kpatcha, est inculpé pour « complot » et « tentative d'attentat contre la sûreté de l'État » –, l'opposition réclame, dans la perspective de l'élection présidentielle de 2010, un scrutin uninominal à deux tours, ce que refuse le RPT. 
L'élection présidentielle du 4 mars 2010 revêt toutes les apparences d'une simple formalité. Peu avant, la candidature du Franco-Togolais Kofi Yamgnane, ancien secrétaire d'État de François Mitterrand et sérieux concurrent du président sortant dans le Nord, est invalidée par la Cour constitutionnelle en raison d'une contradiction sur sa date de naissance ; celle de Gilchrist Olympio n'a pu être enregistrée à la suite d'un accident survenu en janvier aux États-Unis.
Placé sous la surveillance d'observateurs de l'UE, le scrutin se déroule sans violence. Faure Gnassingbé, opposé à six candidats, est réélu avec 60,88 % des voix devant Jean-Pierre Fabre (UFC), son principal concurrent qui recueille 33,93 % des suffrages et dénonce l'introduction d'électeurs fictifs et l'achat de voix.

10. Cohabitation

Dans un but d’apaisement, le président Faure Gnassingbé et Gilchrist Olympio signent un accord en mai en vue de la participation au gouvernement de l’UFC. Celle-ci obtient ainsi plusieurs postes ministériels, le RPT conservant toutefois sa prééminence. Mais cette ouverture, présentée comme « historique », est dénoncée par plusieurs dirigeants du principal parti d’opposition, au premier rang desquels Jean-Pierre Fabre, qui font finalement scission pour fonder en octobre l'Alliance nationale pour le changement (ANC).
Malgré la relance du « Cadre permanent de dialogue et de concertation », créé en 2009, et la poursuite des audiences par la commission « Vérité, justice et réconciliation » – une phase qui se clôt en décembre 2011 sur un bilan très mitigé –, la situation politique du pays et les relations entre le pouvoir et l’opposition regroupée désormais principalement autour de l'ANC, du Front républicain pour l’alternance et le changement (FRAC) et du CAR, restent tendues à quelques mois des prochaines échéances électorales prévues en 2012 et finalement reportées à juillet 2013.
Ce scrutin, marqué par un taux de participation de 66 % et avalisé par la communauté internationale (UE, CEDEAO, UA) malgré des irrégularités pointées par des observateurs indépendants, donne la victoire au parti au pouvoir, l’UNIR (ex-RPT) qui remporte 62 sièges sur 91. Se présentant en ordre dispersé, l’opposition ne parvient pas à s’imposer bien que remportant globalement davantage de voix : seul le CST (Collectif « Sauvons le Togo ») dont fait partie l’ANC de Jean-Pierre Fabre, tire son épingle du jeu en faisant élire 19 députés, la coalition arc-en-ciel menée notamment par Dodzi Apévon du CAR ne remportant que 6 sièges.
À la tête de la contestation au Togo depuis les années 1990, seule véritable opposition au régime du général Eyadema et deuxième force parlementaire depuis 2007 avec 27 députés, l’Union des forces du changement (UFC) de Gilchrist Olympio ne parvient pas à justifier sa collaboration avec Faure Gnassingbé et subit un sévère revers en ne conservant que 3 sièges. En septembre, le président reconduit dans ses fonctions le Premier ministre Arthème Ahoomey Zunu, qui, après le refus des principaux partis d’opposition d’y participer, forme un nouveau gouvernement largement dominé par l’UNIR.

 

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